Critique de film
Terraferma

Sur la petite île italienne de Lampedusa vivent 6000 habitants dans des traditions immuables de la pêche et de l'hospitalité. L'île n'est qu'à quelques brasses de l'Afrique et régulièrement des clandestins essaient de rallier les plages de cette ferme sur des radeaux de fortune, fuyant une vie de misère pour entrevoir un avenir meilleur. Sur l'île les principaux revenus ne proviennent cependant pas de la pêche, la Méditerranée  est une mer morte depuis longtemps, ils sortent par liasses des portefeuilles des touristes venus se vider le cerveau en s'allongeant sur des plages en buvant des cocktails.

Filippo (Filippo Pucillo), sa mère (Donatella Finocchiaro) et son grand-père (Mimmo Cuttichio), une famille de pêcheurs vivant dans une précarité de plus en plus prégnante finissent par se résoudre à louer leur maison aux touristes. Pour ce faire, ils s'installent dans leur garage et laisse la maison à trois jeunes cools et sexys. Mais survient le drame, alors qu'ils sont partis en mer, Filippo et son grand-mère sauvent des flots un groupe de clandestins pendant que d'autres ont l'imagine finissent noyés ou arrêtés par les brigades maritimes. Parmi ces hommes sauvés des eaux, une femme enceinte jusqu'au cou que Filippo et son grand-père vont héberger illégalement chez eux.

Après Indignados de Tony Gatliff, un nouveau film prend comme point de départ, une immigré clandestine débarquant sur les côtes européennes. Emanuele Crialese (Respiro) choisit de traiter son sujet pourtant inspiré de faits réels (Lampedusa a été le théâtre de nombreux sauvetages de Boat People dans lesquels deux capitaines de pêche ayant secouru des gens se sont vus accusés d'aide à l'entrée irrégulière sur le territoire. La situation avait d'ailleurs sensiblement empiré avec les révolutions tunisiennes et libyennes) sous la forme du conte en y insufflant une dose de magie et d'imaginaire.

Il nous faut donc accepter de voir cette femme sublime vraisemblablement d'origine éthiopienne donner naissance à un enfant tout rond et tout formé et le voir grandir à vue d'oeil sous le prisme de la caméra. Accepter aussi d'entendre parler cette femme dans un italien confortable afin d'opposer sa légitimité face à la mère de Filippo, dans un premier temps résolument opposée à l'arrivée de cette femme sous son toit. Toujours la peur de l'illégalité traduite par la présence de carabinieri zélés et à la solde d'une politique inhumaine.

Mais c'est toujours d'intérêts financiers qu'il s'agit. Pour Crialese, outre le problème de la gestion européenne de ce flux migratoire non contrôlé, il y a le risque de voir les touristes fuir un paradis où l'on traque les bosquets à la recherche d'un immigré. C'est cette esprit de repli sur soi, symbolisé par la minuscule population de l'île sur lequel Crialese insiste et c'est souvent sans la moindre subtilité qu'il assène ses arguments.

Lors d'une balade en mer où il est censé voir les seins d'une fille (elle l'a suggéré à plusieurs reprises donc on s'y attend comme lui) Filippo entend du bruit et balade sa lampe torche à la surface de la mer, ce sont alors des centaines de bras qui tentent de s'agripper à sa barque, telle une armée de morts vivants. La liberté prise par l'intermédiaire du conte autoriseCrialese à évoquer tous les sujets sous des métaphores grossières. Celle du filet de pêche présent au départ du film où le poisson pris au piège entre deux grillages rappelle évidemment celui du clandestin pris entre deux côtes et lorsque les touristes d'un bateau de plaisance se jettent à la mer comme l'effondrement d'un château de cartes, on comprend que certains échappent toujours aux mailles du filet.

Tout est appuyé, martelé, alourdissant le propos. Les clichés s'amoncellent et les lieux communs aussi. Les italiens sont racistes mais le droit de la mer supplante l'interdiction d'assistance à personne en danger. Cette éthiopienne n'est pas sauvée parce que les lois sur l'immigration sont odieuses, elle est sauvée parce que le grand-père de Filippo est pêcheur. Il n'y peut rien et s'en serait bien passé.

Après avoir été d'une médiocrité sans nom, Filippo se rachète dans un élan de rédemption très chrétienne, il offre à son réalisateur une voix de secours, un autre voyage sur l'eau avec au loin une tâche d'espoir qui se réduit comme le bateau sous l'effet de la prise aérienne.

Impossible donc de pénétrer donc l'hermétisme formel du film, son jeu d'acteurs approximatif, sa plasticité léchée, ses actrices qui rivalisent de beauté et cette présence presque irréelle du conte pour raconter une réalité de rejet et de mort comme s'il avait fallu aseptiser le tout pour lui donner une valeur artistique.

Durée : 1H24

Date de sortie FR : 14-03-2012
Date de sortie BE : 25-04-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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