Critique de film
Ted

Ted ou l’histoire du passage à l’âge adulte. Un petit garçon mis à l’écart par les enfants de son âge s’invente un ami imaginaire sous la forme d’un ours en peluche. Puisque le cinéma américain convie la magie au spectacle, l’ours est animé, comme avant lui E.T., Roger Rabbit, les Gremlins et plus récemment les chipmunks ou encore le lapin de Hop. Le cinéma a toujours humanisé les animaux en leur donnant la parole, il se plaît également à donner vie à des objets, on a bien vu des voitures s’exprimer. L’objet animé le plus crédible de l’histoire du cinéma reste cependant le ballon de volley Wilson de Seul au Monde, parce qu’il ne s’exprimait pas. Mais jusque là pas de problème, soyons tolérants avec le réchauffé et acceptons l'idée de départ. Un ours en peluche qui parle.

Grâce à l’avancée des images de synthèses, Ted (interprété par le réalisateur, scénariste et producteur du film Seth MacFarlane - l'homme qui a créé les Griffin) est ultra crédible, il se fond dans le décor, devient personnage à part entière (on nous fait tout de même avaler de ces couleuvres). A Mark Wahlberg et Mila Kunis d’être suffisamment convaincants que pour nous y faire croire. On se demande cependant ce que Walhberg fait dans l’aventure, la ‘sous Natalie Portman’ Mila Kunis est à la limite plus à son affaire que lui… mais en dépit de ces considérations objectico-subjectives l’évolution de Ted dans l’espace s’apprécie à sa juste valeur. Une scène de bagarre entre Ted et Mark Walhberg est extrêmement bien réalisée et aussi jouissive que celle qui opposait Jay Chou à Seth Gordon dans le frelon vert. Le propos est lui beaucoup plus stérile et franchement vulgaire.

Comprenez que derrière la métaphore de l’ours en peluche, c’est le monde de l’enfance que l’on décrit et dans notre monde de castration masculine, les petits garçons ont bien des difficultés à grandir et à devenir des hommes. Le syndrome de l’ours en peluche c’est cela. Un mec d’une trentaine d’années, John Bennett (nom bien choisi pour le personnage de Mark Walhberg), beau gosse, sympa, cool (il fume des pétards) qui a une petite amie canon et carriériste (Mila Kunis) mais qui ne parvient pas à endosser le costume de l’âge adulte et de l’ambition qui va avec. Mec, il faut choisir ! lui rétorque sa petite amie. C’est lui (séries TV, bières et marijuana – lui c’est notre ça freudien, nos pulsions donc) ou moi (restos romantiques, costume cravate et reproduction – moi c’est le Surmoi, la norme autoritaire).

Pour représenter visuellement ce dilemme, Seth MacFarlane offre à John Benêt deux choix de soirées, une guindée avec les collègues de bureaux de sa petite amie (engeance composée de nanas canons et d’un patron libidineux) et l’autre déjantée (coke, alcool à gogo et prostituées) animée par son pote Ted et un invité d’honneur, l’acteur qui incarnait Flash Gordon, Sam J. Jones, le héros de son enfance. Le choix n’est pas compliqué, le dilemme n’en est pas un,  tout le monde sait où John va finir par échouer. Si l’homme refuse de choisir, le réalisateur tranche. La dialectique rassurante de l’homme moderne n’est plus, le modèle préconisé est celui de l’intangible amitié.

La comédie classique mainstream aurait proposé une fin moraliste, condamnant le héros à épouser la sacro-sainte ambition du modèle capitaliste. La surprise vient ici de cette absence de décision masculine, pour ce geek de MacFarlane, le paradis terrestre vient de l’absence de choix et comme les hommes sont désexués et démotivés, ce sont aux femmes de prendre les décisions, le personnage de Mila Kunis aura le dernier mot de l’histoire, ce sera elle qui décidera de retrouver sa vie passée, avec son mec et le pote de son mec. Un fantasme typiquement masculin exaucé par le réalisateur qui s’est fait plaisir sur ce coup-là.

L’originalité scénaristique aurait pu être séduisante mais elle est plombée par une écriture d’une grande vulgarité, toutes les blagues tournent autour de la ceinture et certaines n’hésitent pas à s’abandonner dans le plus simple scatologisme. Un étron sur un plancher donne lui à une scène comique. On notera également énormément de blagues sur la communauté gay, l’obsession du cinéma américain qui hésite toujours entre le premier et le second degré, pareil pour les blagues sur les juifs. On a le trident magique de la comédie, parler de cul et faire des blagues sur les juifs et les homos. Ca c’est cool, on saupoudre le tout d’un peu d’excréments et on met au four. N’oublions pas de baliser le long métrage d’un certain nombre de références geek et autres caméos (Norah Jones, Ryan Reynolds, Tom Skerritt) puisque le cinéma n’est qu’une braderie de produits déjà exploités dont la nostalgie eighties fait la valeur marchande.

Il y a des répliques savoureuses qui fusent par la bouche de l’ours en peluche, véritable décharge à vannes et insultes, certaines hilarantes comme le savoureux ‘Back off Suzanne Boyle’ mais la grande majorité des dialogues sont plats, redondants, ordinaires et triviaux. Ce n’est tout simplement pas drôle et faussement subversif puisque finalement comme dans toutes les autres comédies américaines, un personnage doit évoluer en cours de film et ce personnage c’est celui de la petite amie qui doit se mettre au diapason d’une nouvelle masculinité. Pour MacFarlane ce sont maintenant les mecs qui disposent. Et qui prend donc le fil à coudre pour rembourrer l’ours en peluche ? Quand je vous disais que c'était faussement subversif.

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 10-10-2012
Date de sortie BE : 10-10-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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ted
27 Mars 2018 à 13h43

bonjour

ted
27 Mars 2018 à 13h43

bonjour
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Critique mise en ligne le 08 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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