Critique de film
Stoker

La promesse de Stoker est presque effrayante. Chacune des composantes du film amènent à la méfiance ou au contraire, à de trop grandes espérances. A tous les étages, le casting du projet est, pour le moins, intriguant, mais a l’exceptionnel mérite de ne ressembler à rien de connu.

Evelyn (Nicole Kidman) et sa fille India (Mia Wasikowska), enterrent à peine l’homme de leurs vies, qu’une autre figure masculine, séduisante et sûre d’elle, remplit le vide laissé par Richard, père parfait mais mari distant. Cet autre homme, c’est Charlie (Matthew Goode), le frère de Richard, que personne n’a jamais vu et qui dit être perpétuellement en voyage. Que veut donc Charlie, pourquoi maintenant, pourquoi ce sourire permanent ?

La règle d’importation des cinéastes asiatiques aux Etats-Unis (pas qu’asiatique d’ailleurs) va de jurisprudences en calamités, en gros de Ang Lee à Tsui Hark. Un champ si large a peut-être rebuté un temps le réalisateur qui, face au tapis rouge d’Old Boy, a mis presque dix ans avant de trouver le film qui le ferait flancher. Et autant dire que Stoker trône sur les hauteurs de cette liste d’importation asiatique. PCW caste donc Nicole Kidman, en mode déni de vieillesse, Matthew « Ozymandias » Goode, Alice au pays des merveilles et taxe un scénario tendance hitchcockien à Michael Scofield de Prison Break. Et Judith Godrèche. Le mec n’a donc aucun à priori et mélange tout : hommages, décalages, humour, Philip Glass, symbolique exacerbée et effets visuels incroyables (déjà à l’œuvre dans Lady vengeance). Il va même jusqu’à passer, en modifiant sa photo, d’une époque à l’autre au sein de son film : des fifties du maître Alfred (intérieurs, looks) aux années 2000 pour le drame familial indé en passant par les eighties pour les scènes adolescentes.

D’un point de vue formel, Stoker est donc brillant, surtout dans sa première partie, principalement par des choix de compositions, de mises en scènes et de transitions qui ne vous demandent pas de les suivre mais qui vous l’ordonnent. A l’envolée du début, succède fatalement une installation dans le récit, dans la forme et le film montre alors d’autres couleurs, ses limites dira-t-on. Toute l’étrangeté du début  se dilue, l’ultra-sensorialité d’India ne sera qu’une courte idée et les idées visuelles divines se font plus rares (l’ampoule qui tangue au sous-sol comme à l’étage). Le film devient alors très contemporain dans ses effets, lorsqu’India découvre le secret de Charlie et lors de la scène finale par exemple où il emprunte trop du côté d’un cinéma faussement auteuriste. Beaucoup d’éléments disparaissent donc pour raconter une histoire plutôt éculée et moins pertinente que sa promesse. Même Kidman, véritable atout « fun » du casting, est un peu oubliée. Seul le dialogue extraordinaire avec sa fille dans le dernier quart d’heure bouleverse encore un peu un film devenu trop sage.

La direction d’acteurs, quant à elle, est impeccable, Goode et Wasikowska sont parfaits, l’un en oncle mature ouvrant la boite de Pandore de sa nièce en fusion, et l’autre en héroïne de Clowes, tendance Wednesday Addams au parfait potentiel psychopathe. La mère Nicole quant à elle, nous fait un condensé de ses rôles marquants : Eyes Wide Shut, Rabbit HoleTo-die-for ou encore Birth mais c’est le principe et elle le fait magnifiquement, jamais dans l’excès. C’est d’ailleurs elle qui maintient le côté malsain du film de façon plus élaborée, puisque plus crédible. Seul bémol à ce casting, le choix de Dermot Mulrhoney pour le père défunt, sorte de « Jean-Paul second-rôle » dont les seuls faits d’armes notables sont le personnage de Wolf dans Ca tourne à Manhattan et la voix de Sid dans Hair High de Bill « Dieu sur Terre » Plympton. Non pas que son CV soit important mais, à part sa bonhommie évidente qui crédibilise l’amour que lui portait India, son charisme et sa palette de jeu sont un peu faibles. Et pour hanter ce film, ces scènes de flash-back éthérées, il eut fallu une présence plus envahissante.

Une œuvre à voir donc, originale bien que bancale, mais à apprécier surtout pour l’intimité étrange de cette famille et ce que cela raconte du passage à l’âge adulte plus que pour ses allures de film dérangeant ou de thriller psychologique.

Durée : 1h40

Date de sortie FR : 01-05-2013
Date de sortie BE : 08-05-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 15 Avril 2013

AUTEUR
Jérôme Sivien
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