Critique de film
Spider-man : Homecoming

Un petit récapitulatif s'impose. Après une trilogie amorcée par Sam Raimi en 2002 avec Tobey Maguire dans le rôle de l'homme-araignée et le diptyque avorté, plutôt fade, Amazing Spider-man (2012) réalisé par Marc Webb, avec cette fois  Andrew Garfield, ce Spider-Man : Homecoming, avec Tom Holland dans le rôle-titre, marque le deuxième reboot en l'espace de seulement 15 ans. Vous suivez toujours ? Disney - détenteur de Marvel - a négocié la figure iconique qui appartient à Sony pour qu'elle puisse apparaître dans plusieurs de ses productions déjà bien remplies.

Homecoming s'amorce sur une bonne idée, presque impertinente. Le logo Columbia (Sony) s'efface et on se retrouve dans le New York dévasté par les Avengers de Joss Whedon, avec une équipe de nettoyage qui s'affaire pour effacer les traces laissées par les innombrables destructions. Puis le logo Marvel (Disney) démarre. On pourrait presque comprendre ça comme une boutade de la part de Disney à Sony : on nettoie vos bêtises, on prend le relais. Ce Homecoming éclipse l'origin story, et c'est tant mieux dans la mesure où on commence à connaître l'histoire de Peter par cœur. Ce Spider-man, frivole, était d'ailleurs rapidement introduit dans le surchargé Captain America Civil War. Si dans le film des frères Russo, la séquence de l'aéroport était filmée sans vie, elle se rejoue brièvement dans cet opus à travers le smartphone de Peter, tout en intimité et en légèreté.

Le titre « Homecoming » a un double sens. Il désigne à la fois le détour, réconfortant, de la figure iconique au bercail pour la firme aux grandes oreilles, mais c'est aussi le nom de la soirée de bal du lycée, théâtre du teen-movie par excellence. Pourtant, point regrettable, ce Spider-man fuit, littéralement, son ADN de teen-movie dans chaque séquence puisque Peter s'éclipse pour pourchasser les vilains. Il loupe alors une soirée organisée par Liz (sa bien-aimée), une piscine party et même ce fameux bal (homecoming). En effet, il s'en va rejoindre le sensationnel (les scènes d'action) mais manque quelque chose de plus spectaculaire encore : l'adolescence. C'est très certainement ce qui rendait le Spider-man de Sam Raimi si attachant et intelligent. Avant toute chose, le réalisateur d'Evil Dead racontait ce basculement brutal de l'éveil des sens et le corps changeant, propre à la puberté. Cette idée de teen-movie est bien présente dans ce Homecoming, mais seulement esquissée. C'est d'autant plus rageant que dans une séquence de course-poursuite, une belle citation se produit : au détour d'un plan, une scène de La Folle journée de Ferris Bueller de John Hughes - l'un des cinéastes qui a certainement le mieux filmé la jeunesse américaine - se joue sur une télévision. « Génial ce film » lance Spider-man, avant de définitivement s'éloigner pour attraper les méchants. Si ce clin d'oeil, plein de malice, fait sourire, il témoigne aussi de l'incapacité du film à trouver son ton, visiblement empressé d'étaler fièrement son rythme trépidant.

Le film, plus de l'ordre de la fuite que du rythme haletant, enchaîne les séquences grandiloquentes et variées (sur terre, sur mer et même dans le ciel) mais manque paradoxalement d'une identité visuelle. Dès l'introduction, il est inscrit « directed by Peter Parker », découlent alors les images amusantes, filmées par ce fameux téléphone de l'incipit, comme s'il n'y avait pas vraiment de cinéaste à la barre, seulement de la pitrerie et de la fiction vaguement potache. Jon Watts, réalisateur de séries B plus ou moins obscures (Clown, mais aussi le sympathique Cop Car), n'a pas vraiment de vision qui marque durablement la rétine, a contrario d'un Sam Raimi. Il exécute la tâche sans fougue. C'est d'autant plus navrant que le casting est plutôt attrayant. On retrouve Tom Holland (que l'on a vu récemment dans le superbe The Lost City of Z) qui correspond bien à l'esprit farceur et maladroit du Spider-man des comics de Stan Lee et Steve Ditko, Michael Keaton en Birdman, ou plutôt en Vautour, Donald Glover (Atlanta) ou Martin Starr (l'attachant Bill de Freaks and Geeks). La composition musicale de Michael Giacchino, habituellement véritable lien sonore vers le merveilleux – il est à l'origine des bandes originales de Super 8 ou de la plupart des productions Pixar - se fait ici trop discrète pour atteindre cette intimité mélodieuse propre au compositeur surdoué.

Tout n'est pas à jeter cependant, le film ne manque pas de bonnes idées, notamment quand il laisse des choses triviales s'installer dans le récit. Dans une poursuite à pieds, enfin à toile, au sein d'un suburb américain, Spider-man projette sa toile mais ne trouve aucune accroche dans la mesure où il n'y a aucun gratte-ciel, seulement des maisons basses interchangeables. Un comble pour ce super-héros qui « lévite » réduit à un simple ado qui court. Spider-man, figure héroïque à l'origine innocente et attachante, aujourd'hui usée et littéralement écartelée par les studios, en ressort fortement affaibli. Malgré tout, on gage qu'il trouvera, encore, son public.

Durée : 02h14

Date de sortie FR : 12-07-2017
Date de sortie BE : 12-07-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Juillet 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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