Critique de film
Savages

 

Difficile de classer Savages coincé quelque part entre le drame, le thriller et la comédie. Un film kaléidoscopique adapté du roman éponyme de Don Wislow où deux jeunes hommes complémentaires voient leur petite amie commune kidnappée par un cartel mexicain de la drogue. Oliver Stone ne se départit guère de ses obsessions, blanchiment d’argent, résurgences militaires, marijuana. Le trident de la construction identitaire du réalisateur, finance, armée et drogue. Enlevé et léger à la fois, le film se laisse regarder sans déplaisir, soigneusement balisé, monté de manière dynamique à la manière de Domino   (Tony Scott) avec des filtres, des noirs et blancs saturés, des arrêts sur images et des retours en arrières agités, le tout sur une bande son tonitruante (très bon rap mexicain). On est presque dans du cinéma pop-corn avec un sous texte évidemment. Et si on dépénalisait le cannabis pour enrayer la criminalité organisée ?

Le narrateur du film qui n’est autre que la belle blonde kidnappée (Blake Lively) le dit dès le préambule, la consommation de drogue est une réponse logique à un monde malsain.  Pour un des deux amis trafiquant de marijuana (Aaron Taylor Johnson), la drogue est un business lui permettant de financer ses projets d’aide humanitaire, on le voit creuser des puits en Afrique et en Asie pour justifier son engagement. Pour l’autre (Taylor Kitsch), la drogue est le prolongement d’une logique de guerre, ancien envoyé en Afghanistan, il s’occupe des 5% où le trafic vacille dans la violence. Deux visages d’une même face, indissociables quand on parle de drogue. La plus simple expression du cinéma de Stone aussi, ambitieux, idéaliste et généreux, dénonciateur et violent. Si certains ont retrouvé avec Savages le Stone de Natural Born Killers, je retrouve plutôt le scénariste de Scarface shooté à la saison 4 de Weeds, la flamboyance visuelle des Doors et la superficialité poussiéreuse de U-Turn.

Le film tient plus par son énergie et par son casting flamboyant que par la richesse de son histoire, ce sont ici les seconds rôles qui donnent une vraie leçon de comédie, Salma Hayek en reine d’un cartel mexicain, John Travolta en agent corrompu et surtout l’immense Benicio Del Toro en homme de main cruel et sanguinaire dont la partition est de bout en bout saisissante. Ces trois-là portent le film, lui donnent toute sa dimension comique et écrasent haut la main les trois gamins qui voulaient jouer dans la cour des grands. Car dans Savages ce sont aussi deux générations d’acteurs qui s’affrontent, deux idéaux, un louvoyant et un plus frontal. Une conception angélique du monde à laquelle répond une décharge de violence. En ce sens la première fin du film (puisqu’il y en a deux) était beaucoup plus percutante et amenait le film vers des hauteurs singulières alors que la seconde fin alternative est beaucoup plus dispensable et ramène le film dans le giron du commercialement acceptable. Il y a évidemment dans cette dichotomie finale une part importante de cynisme, le cynisme n’est-il pas toujours dans l’ombre de l’idéalisme et Stone n’est pas le dernier à en abuser. Il y a la fin réaliste et violente et celle beaucoup plus idéalisée comme les deux faces dont nous parlions plus haut. Ca se tient donc.

En dépit de la direction d’acteurs exigeante de Stone, les premiers rôles Kitsch et Taylor Johnson peinent à convaincre. On n’y croit pas trop à leur amitié et à cette déclaration d’amour sur la banquette de la camionnette, comme on a peine à croire qu’ils soient prêts à déverser 13 millions de dollars pour récupérer celles qu’ils partagent dans leur lit et envisager une retraite dorée dans une île d’Indonésie. La quête sentimentale passe un peu inaperçue, perdue entre des lignes de dialogues savoureuses et des prestations d’ultra violence artistiques. Si le scénario n’emporte pas forcément l’adhésion gonflé de références plus abouties et si la voix off du narrateur prend trop de place, la mise en scène de Stone, le montage coloré et la direction d’acteurs ébouriffante font de Savages un produit aussi consommable qu’une drogue douce. Stone rappelle d’ailleurs quelques vérités sur le sujet pour bien le cerner, l’utilité du cannabis en tant que soin palliatif, la dangerosité de sa consommation précoce sur la concentration et surtout l’immense hypocrisie qui entoure son illégalité. Un film qui ne fera pas avancer les politiques sur la question mais qui a le mérite de réaffirmer un point de vue que l'immense majorité de la population partage.

Durée : 2h10

Date de sortie FR : 26-09-2012
Date de sortie BE : 03-10-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 11 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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