Critique de film
Mommy

"Réussir à pardonner à ses parents c’est devenir adulte". Avec Mommy, Dolan parvient à dominer ses vieux démons pour les apaiser dans une démesure contrôlée. C'est curieusement le film d’une réconciliation avec la figure maternelle qui hante son cinéma depuis J’ai tué ma mère jusqu’à Tom à la ferme. Retrouvant les deux actrices de J’ai tué ma mère, Anne Dorval prodigieuse en mère courage white trash et Suzanne Clément tout aussi fabuleuse en bourgeoise coincée orpheline d’une amour filial, Dolan propose une nouvelle partition sur le rapport mère-fils à la sensibilité exacerbée mais d’une intensité hallucinante, on y pleure, rit et on y cherche son souffle. Contrairement à son premier film, ce n’est pas le fils qui ne parvient pas aimer, mais la mère qui est cette fois débordée par la gestion de cet amour dévorant. Versant parfois dans un maniérisme de l’émotion facile, il parvient à délivrer, de manière parcellaire, une nouvelle œuvre bouleversante.

Une exigence formelle inouïe

Le parti-pris formel est d’une exigence folle. Le cadre carré, d’une étroitesse surprenante, réduit l’écran en l’étouffant et ne propose surtout aucune profondeur de champ (champ contre champ plein écran pour les dialogues, duo de profil pour les affrontements, zoom arrière et profondeur de champ pour les moments d'apaisement). Cette contrainte s’explique aisément. Les personnages essentiellement cadrés de face et en gros plan sont tous prisonniers de dépendances relationnelles impossible à satisfaire. Plus radical et exigeant dans sa mise en scène que les précédents films du réalisateur, Mommy est traversé de fulgurances. Assis sur un formalisme implacable, la mise en scène épouse parfaitement l’évolution du scénario, s’autorisant mêmes quelques respirations jouissives dans cette apnée de la survie. Un procédé de mise en scène libère l'enthousiasme dans la salle, la poussant spontanément à applaudir. 

Le fils, Antoine-Olivier Pilon (découvert dans le clip College Boy d’Indochine réalisé par Dolan), un adolescent qui a le syndrome TDHA, hyperactivité et déficit de l'attention, aime sa mère avec une force inouïe mais peine à l’exprimer sans violence. Cette dernière, femme volontaire au verbe coloré, tente de joindre les deux bouts, privée de temps de respiration. Aux extrémités de ce rectangle familial, amour-haine-violence-douceur, Suzanne Clément, la voisine bègue, prostrée suite à un deuil, est celle qui permet et facilite la réconciliation. Son investissement n’est pas désintéressé, il lui est vital. Tous les trois luttent avec leurs moyens pour ne pas perdre espoir.

Maelstrom émotionnel

L'amour seul peut-il guérir, c'est la question que pose Mommy. Dolan est de nature pessimiste mais il livre avec Mommy son œuvre la plus apaisée alors qu’elle est étonnamment la plus violente. Certaines scènes sont déchirantes. On peine à les énumérer tant il y en a, du baiser langoureux du fils à sa mère, à leur scène de dispute qui mettra l’appartement en lambeaux. La bande son à l'image des goûts de cette famille white trash est génialement assumée, de Céline Dion à Andrea Bocelli. On danse et on chante au coeur de cette lutte pour la survie de ce couple mère-fils. En plus les dialogues sont hilarants tout du long...

Le genre d’uppercut direct qui vous cloue au sol, vous coupe le souffle et vous laisse des stigmates longtemps après la séance. A nouveau Dolan prend à bras le corps son ambition, la déploie dans une démesure de la générosité. Premier film où il n’est pas crédité au casting mais où il souligne, si c’était encore nécessaire, l’immense directeur d’acteurs qu’il est. Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon sont sensationnels. C’est toujours un brin démonstratif mais sans aucune prétention si ce n’est de chercher à cueillir l’émotion du spectateur. Peut-on lui reprocher ?

Mommy, c’est le cri d’amour d’un fils à sa mère qu’il malmène malgré lui… chanté et fredonné comme dans un karaoké où l’intention l’emporte toujours sur les fausses notes. 

Durée : 2h14

Date de sortie FR : 08-10-2014
Date de sortie BE : 08-10-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 22 Mai 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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