Critique de film
Marie Madeleine

L’Australien Garth Davis revient, après le lacrymal Lion, avec un biopic biblique sur la figure opaque de Marie Madeleine. Il compose un film pétri de bonnes attentions, mais plus consensuel que consciencieux. Le réalisateur réinvestit les Saintes Écritures sous un angle résolument plus moderne (féminisme), avec des préoccupations très actuelles mais désincarnées. Si le long métrage s’inscrit parfaitement dans la mouvance cataclysmique #metoo, il est aussi ironiquement repoussé aux États-Unis dans la mesure où il a été en partie financé par la firme d’Harvey Weinstein.

La grande fresque politico-féministe manquée ?

Au fil des siècles, Marie Madeleine a toujours été une énigme, un flou, c’est-à-dire un terrain profondément cinématographique. Longuement considérée comme une prostituée, Garth Davis tisse délicatement un récit de réhabilitation. Dans le film, Marie Madeleine est différente des autres femmes. Elle n’est pas passive, elle refuse un mariage forcé et fugue pour rejoindre les apôtres malgré les injonctions patriarcales écrasantes. Dommage que la narration – qui adopte exclusivement le point de vue de celle-ci – soit ombragée par une atmosphère sirupeuse (Rooney Mara constamment émue, les yeux embués de larmes). D’autre part, en creux, Marie Madeleine tente de s’affilier à un cinéma européen vaguement humaniste : tourné dans une Sicile à la lumière carte postale, avec des comédiens français (Tahar Rahim [Judas] et Denis Ménochet), grecs (Ariane Labed), britanniques (Chiwetel Ejiofor [Pierre]) ou belges (Lubna Azabal). C’est maigre.

Un film qui marche lentement

Il est beaucoup question de marche dans Marie Madeleine. De la marche pour se rendre à Jérusalem et prêcher la bonne parole dans les villages environnants. Les disciples, laconiques, marchent dans cet environnement poussiéreux, dans ces paysages épurés et ce sentiment éthéré. Paradoxalement, le film n’est pas contemplatif mais plutôt plan-plan. On est loin de la rigueur formelle des films qui abordent les Écritures, tels que L’Évangile selon saint Matthieu (1964) de Pasolini ou La Dernière tentation du Christ (1988) de Scorsese. Le réalisateur arrive a tirer des acteurs les plus passionnants de leur génération (Rooney Mara et Joaquin Phoenix en Jésus de Nazareth) des prestations plates. Finalement, le long métrage souffre des mêmes scories que Lion, il repose sur un sentimentalisme exacerbé, quitte à oublier la mise en scène. Garth Davis a manifestement fait vœu de pauvreté.

Durée : 01h59

Date de sortie FR : 28-03-2018
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 30 Mars 2018

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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