Critique de film
Mama

Gérardmer 2013 : Compétition

J'avais laissé Jessica Chastain, masculinisée par Kathryn Bigelow, coincée dans sa tenue d'agent de la CIA, à la recherche d'Oussama dans Zero Dark Thirty. Je la retrouve dans Mamá et j'oublie rapidement son petit écart militariste. Mama est un exercice superbe, à l'esthétisme baroque et à l'histoire d'une sensibilité inouïe. Tout, dans le premier film d'Andrés Muschietti, par ailleurs développement d'un de ses courts-métrages, est réussi. Voici pourquoi.

Les premières secondes nous immergent dans un drame familial. Une mère vient de mourir assassinée. Son ex-mari prend la fuite et embarque ses deux petites avec lui. Le type est au bord de la crise de nerfs. Au volant de sa voiture, il perd les pédales (dont la pédale de frein). Sur les routes enneigées, sa voiture glisse et déboule dans le fossé. Dans l'immense forêt, la mercedes s'écrase sur un arbre sûrement centenaire. Miraculé, le trio trouve refuge dans une cabane étrange, peut-être habitée.

Cinq ans plus tard, l'oncle des petites filles n'a pas perdu espoir. Lucas (Nikolaj Coster-Waldau) est un dessinateur sans le sou, mais il vit avec Annabel (Jessica Chastain), par ailleurs bassiste dans un groupe rock en mal de reconnaissance. Ca compense. D'autant plus que ses recherches entamées portent leurs fruits. On découvre la cabane et les deux petites filles, devenues enfants sauvages nourries aux cerises tout aussi sauvages... Le retour à la vie s'avère complexe, surtout quand il s'agit de s'accomoder à l'american way of life. Et cet effort est aussi demandé à Annabel, mère par obligation et dont ce nouveau rôle ne va pas de soi. Après un séjour en psychiatrie et les bons soins du Dr Dreyfuss (Daniel Kash, je suis fan de son boulot, dreyfusard je resterai), Victoria (Megan Charpentier) et Lilly (Isabelle Nélisse) débarquent chez Lucas et Annabel. Dans la maison qu'ils occupent à quatre, des phénomènes étranges et terrifiants apparaissent. Une présence se manifeste. Les filles auraient-elles emporté dans leurs bagages forestiers un hôte peu recommandable ?

Petite pause informative : un psychiatre qui s'investit autant dans une situation médicale, c'est rare mais possible. Un psychiatre qui filme ses patients, c'est rare mais pas impossible, un psychiatre qui se charge de trouver un logement, c'est très rare, un psychiatre qui tient ses dossiers comme mon comptable, c'est impossible! Et quand il cumule les boulots de documentaliste, d'agent immobilier, de flic, de détective privé et d'inspecteur de police, c'est un peu n'importe quoi. Dernier message aux chefs-costumières, première et dernière fausse note. les psychiatres changent et vivent désormais avec leur temps: troquez les gilets de grosse laine enveloppant des chemises à carreaux aux couleurs tristes... 

Si le pitch n'est pas d'une grande originalité, Andrés Muschietti se l'approprie avec une élégance qui tutoie la perfection. Amateurs de frissons, vous ne serez pas déçus. Sans rire, c'est une des premières fois que j'entends des spectateurs hurler et s'agiter autant durant une séance. Le cadre est magnifiquement occupé, toujours au service de nos peurs. Le dispositif de prise de vue est à l'avenant. Une scène nous fait découvrir, par un jeu subtil à la Hitchcock que Lilly, qu'on croyait seule dans sa chambre, ne l'est pas... Un travelling élaboré accompagne les filles dans une descente d'escalier titanesque. Chaque scène mériterait une telle dissection formelle, tant on est admiratif devant le travail de réalisation. Les acteurs assument leur rôle sous une direction d'une grande rigueur. Lucas est mis de côté (après sa chute dans les escaliers) au profit d'Annabel et c'est tant mieux. Chastain élabore un personnage loin des mères de famille courageuses qu'on retrouve dans la plupart des films de genre. Peu maternelle, elle s'éloigne des filles pour mieux les protéger par la suite.

Si la disposition des enjeux est réussie, il en va de même pour la suite. Sans déflorer le plaisir du visionnage, sachez que les effets spéciaux nous permettent de découvrir une bestiole tout simplement terrifiante, rampante et virevoltante. Le final, baroque et espagnolissime, évacuant le bestaire pléthorique que j'aurais pu craindre (Guillermo veille...) nous arrache quelques larmes d'une juste sensibilité.

La rigueur du travail, le découpage efficace servent ainsi une histoire balisée mais intense, aux enjeux clairement définis. L'émotion est au rendez-vous, toujours à l'équilibre. Femme fatale, complexe et sexy, Jessica Chastain irradie d'une présence totale et hitchcockienne. Allez découvrir la nouvelle Tippi Hedren dès le 15 mai, dans les cinémas, elle pourrait bien vous faire revivre quelques-uns de vos plus beaux souvenirs de cinoche.

Le conseil du Passeur: jetez un oeil sur le court-métrage original... Ca donne envie non?

Toutes les critiques des fillms du Festival c'est ici

Durée : 01h40

Date de sortie FR : 15-05-2013
Date de sortie BE : 08-05-2013
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TANK
05 Mai 2013 à 12h49

Je rejoins donc akapanamen, ci-dessous...
Un film d'horreur vraiment raté, dont je ne comprends pas qu'il ait pu être récompensé à Gerardmer...

akapaname
28 Avril 2013 à 17h03

La preuve une fois de plus qu'un jeu d'acteur sans fausse note et une mise en scène magistrale ne sont pas les garants d'un bon film... vu, vu et revu... la trouille attendue n'est jamais au rendez-vous. Complètement râté

Jules
03 Février 2013 à 11h18

J'ai super envie de le voir! :)
Jessica Chastain est en pleine montée fulgurante, ça ne peut être que bénéfique pour elle de jouer dans des films de genre (des pas mauvais bien sûr).
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Critique mise en ligne le 03 Février 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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