Critique de film
Les Premiers, les Derniers

Tourné dans la Beauce (région Centre, au nord d’Orléans), territoire céréalier dépeuplé et sans relief, le nouveau film de Bouli Lanners s’impose très vite par ses paysages composés de grands espaces comme un western contemporain. Deux cow-boys (Lanners et Dupontel) venus de loin sont mandatés pour récupérer un téléphone dérobé contenant des informations délicates et importantes. Dans leur quête, Cochise et Gilou (le nom des chasseurs de prime en question) vont croiser le chemin d’Esther et Willy, un couple de jeunes marginaux en cavale, et aussi celui d’une bande de rednecks locaux prête à en découdre…

Western crépusculaire

Derrière cette trame se cache aussi un autre dessein pour Bouli Lanners, celui d’évoquer à sa façon la fin du monde et le devoir de rédemption pour les hommes. Une séquence d’enterrement menée par les charismatiques et symboliques Michael Lonsdale et Max Von Sydow, ainsi que la présence redondante d’un personnage nommé Jesus, apportent une dimension religieuse au film, dimension que ne cache pas par ailleurs Bouli Lanners. Les Premiers, les Derniers est donc un western crépusculaire qui interroge les rapports entre les hommes à l’aube d’une fin du monde qu’évoque régulièrement la jeune Esther. Avec son compagnon Willy, ils incarnent les « premiers » du titre du film, ceux sur qui reposent l’avenir et l’espoir de l’Humanité. Ce retour à l’Homme intervient dans le récit par plusieurs prises de conscience, et mènera Cochise et Gilou (les « derniers ») à protéger le jeune couple plutôt que les intérêts de leur commanditaire fortuné.

Mise en scène maniérée

On en attendait pas moins de la part de Lanners, qui tout au long de sa carrière a toujours su se placer du côté des désoeuvrés, que ce soit dans ses précédents films ou dans ceux tournés avec Delépine et Kervern. Cependant, Les Premiers, les Derniers laisse comme un goût d’inachevé, ou plutôt d’insatisfaction assez tenace encore quelques temps après la projection. Cela provient ainsi de la mise en scène et du soin accordé à planter un décor unique dans le paysage cinématographie français. On pourrait avoir à redire du traitement de l’image qui fait pencher l’ensemble vers des tons très gris et bleus, très contrastés. Comme un film en couleurs qui lorgnerait du côté du noir et blanc en quelque sorte. C’est certes saisissant, mais ce n’est pas toujours du meilleur effet.  Lanners cherche à imposer sa patine, mais il le fait parfois au détriment d’une intrigue desservie par ses effets. A l’image aussi, de gros plans sur des personnages, alors qu’un autre sens du cadre permettrait certainement d’apporter plus d’ampleur et de force au film.

Conte chargé en symboles

Le film avance rapidement d’une scène à l’autre, au rythme de nombreuses confrontations entre les personnages. Chaque scène est quasiment une scène clé. Il y a bien quelques passages aérés portés par la belle musique de Pascal Humbert, mais l’ensemble donne l’impression d’un récit enfermé dans un étau que quelques touches d’humour et d’émotion parviennent à peine à desserrer.  Fortement influencé par la littérature et le cinéma américain du Grand Ouest, qui confrontent l’Homme et la Nature en permanence, Lanners signe avec Les Premiers, les Derniers un conte chargé en symboles et passages obligés du genre (les apparitions du cerf, vues et lues cent fois ailleurs).

Heureusement que Lanners a su s’entourer de formidables comédiens (même si le casting tourne un peu au trombinoscope de « tronches ») qui arrivent ainsi à gommer les imperfections du film. Si ce nouveau long-métrage de Bouli Lanners nous laisse sur notre faim, c’est surtout parce que l’on considère que le bonhomme a un énorme talent, aussi bien derrière que devant la caméra. On regrette sincèrement ce jusqu’au-boutisme maniéré dans sa mise en scène, qui d’une certaine façon, dénature un film qui fait de la Nature un personnage central. Loin d’être un échec, Les Premiers, les Derniers est une déception. 

Durée : 1h38

Date de sortie FR : 27-01-2016
Date de sortie BE : 24-02-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Janvier 2016

AUTEUR
Jérémy Martin
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