Critique de film
Les infidèles

On ne voit plus que lui, au point qu'il dise lui-même qu'il en marre de se voir partout, le comble du narcissisme ? Non, il est de bonne foi, personne ne peut le suspecter d'avoir le melon ! Mais alors pourquoi sortir un film deux jours après la remise des Oscars, marketing my dear ! Surfer sur la vague, coup de fouet gigantesque pour le démarrage du film qui n'a presque besoin d'aucune promo (le buzz autour des affiches censurées s'en est chargé). On sait que ce sont les premiers jours et le bouche à oreille qui déterminent le succès d'un film en salles, et je pense que ça va bien se passer pour eux. Pas pure curiosité, on peut se demander ce que valent ces sketchs polissons qui déballent sous l'oeil de différents réalisateurs (Michel HazanaviciusFred CavayéEmmanuelle BercotAlexandre CourtèsEric Lartigau) le refrain de la fidélité, notion faut-il le rappeler très judéo-chrétienne et éminemment inscrite sous la bannière de la culpabilité.

 

 

Parce qu'autant le dire d'emblée, la question de l'infidélité n'a déjà aucun sens dans un monde réfléchi, soit on ne trompe pas (une infime partie de la population fera ce choix), soit on trompe et on ne le dit pas (ce qui exige d'assumer). Gilles Lellouche et Jean Dujardin, les deux vieux copains y ont pourtant trouvé matière à quelques sketchs censés représenter les différentes formes de la tromperie masculine mais qui au bout du compte finissent tous par dire la même chose, tromper c'est mal ! Diantre, c'est vrai ? Le sketch qui le signifie avec le plus d'à propos parle d'un homme cadre dans une société qui produit de l'engrais et qui est en week-end en séminaire. Ce coureur de jupons archi-lourd n'aura de cesse de mettre à profit cette mise au vert pour essayer de planter sa carotte.Tout au long de la soirée et entre deux afters organisées dans des chambres de l'hôtel par des collègues, le cadre agricole s'astique le service trois pièces ulcéré de ne rien déflorer. Au petit matin d'une nuit presque blanche où il frôla l'adultère sans le commettre, il repart chez lui serein d'avoir résisté bien malgré lui.Le bonheur pour l'infidèle tient en ce sourire esquissé sur le visage de Dujardin, pour l'infidèle le bonheur nait du non passage à l'acte.

 

 

Si la morale et les conséquences des actes sont toujours plus ou moins les mêmes, l'infidèle chronique finit par se faire larguer par sa femme. Les sketchs délivrent des atmosphères assez différentes mettant en scène une palette d'acteurs français dans des rôles assez savoureux. On pense évidemment à Guillaume Canet en petit aristo à l'appétit sexuel débordant ou Sandrine Kiberlain en coach qui doit faire taire les démons de midi chez ces pauvres quadra obsédés. Lellouche joue comme il est ou comme on pense qu'il doit être, Dujardin fait le grand écart entre le Brice de Nice et le personnage mis en valeur par Nicole Garcia dans Un balcon sur la mer. Il est plutôt bon dans le face à face avec Alexandra Lamy où le couple à la ville célèbre le déballage du passé à la fin d'une soirée entre potes. Mais à les voir s'interroger avec mesquinerie sur les détails de leurs aventures on ne peut s'empêcher de penser au formidable Closer de Mike Nichols où Julia Roberts finissait par répondre à toutes les questions de Clive Owen, même aux plus basses, aux plus viles, avec force de détails à en retourner l'interrogateur. Et là, Les infidèles ne peuvent tenir la comparaison.

 

 

La volonté comique du duo est prégnante, on la décèle parfois entre les soubresauts qui animent la salle, souvent quand le visage de Dujardin apparaît à l'écran ou lors du final énorme dans la démesure, on rit de ce qui est trop, pas de ce qui est plausible. Parce que finalement rien de neuf n'apparaît sous le soleil du deuxième bureau (comme on l'appelle dans certains pays africains), la tromperie reste un apparat de surface, un style que les deux amis qui se savent séducteurs envisagent comme une excuse à la réalisation de petites performances. On les voit s'amuser, mais nous pas vraiment... parce qu'il ne s'agit que de constater à l'écran ce qu'on sait déjà et de l'exagérer démesurément pour transformer une gêne complice en un élan de rire.

 

Visuellement le film souffre de ce manque d'harmonie, on peut s'interroger sur l'intérêt d'un découpage en sketchs alors que la première histoire est également la dernière et qu'entre les deux, des moments plus ou moins longs ne font qu'illustrer le propos de cette histoire centrale. Lellouche et Dujardin croient-ils que l'infidélité rend malheureux mais qu'elle est un besoin irrépressible... ou bien font-ils semblant d'y croire pour justifier leur film, rien n'est moins sûr. Ce qui l'est par contre c'est que Les Infidèles ne traduisent que la pensée masculine et qu'on envisagerait de donner la parole aux femmes pour voir si vraiment elles doivent aimer pour tromper, ce qui nous a encore été soufflé à l'écran. Un regret aussi, que les sketchs ne soient pas signés par leurs réalisateurs (ça nous aurait permis de démasquer celui qui fait des gros zooms grossiers sur le visage des acteurs), c'eut donné un peu plus de cohérence dans ce magma bouillonnant de testostérone.

 

 
Durée : 1h49

Date de sortie FR : 29-02-2012
Date de sortie BE : 29-02-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Août 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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