Critique de film
Les Amours Imaginaires

C’est l’histoire d’un triangle amoureux. Marie (Monia Chokri) et Francis (Xavier Dolan), deux amis à la mélancolie sensuelle exacerbée, tombent simultanément amoureux de Nicolas (Niels Schneider), un ange, visage grec au physique asymétrique d’un dessin de Cocteau. Dans ce jeu à trois où les vents bruissent dans les chandelles, Nicolas use avec une certaine forme d’innocence de cette nonchalance qui ensorcèle ; attribut unique de ces êtres à la beauté doublée non sans prétention d’une dose infinie de mystère et d’ambigüité.

Tout est évidemment dans le regard que l’on porte sur soi. Et cela, Xavier Dolan, du haut de ses 21 ans l’a déjà bien assimilé. Il multiplie les plans où ses protagonistes se regardent dans le miroir comme pour comprendre que ce qu’ils cherchent dans l’objet d’amour n’est qu’une forme sublimée de leurs propres attentes. Une série de séquences où les acteurs sont filmés de dos à la Gus Van Sant nous ramène également à ces prétendues amours dans lesquelles nous nous sommes jetés à corps perdu, foudroyés par la vue anodine d’une nuque, incarnation de la passion dévorante pour un être finalement banal presque toujours maudit, substitué par un autre visage angulaire, Louis Garrel en l’occurrence, clin d’œil masqué au Dreamers de Bertolluci, version moderne de Jules et Jim dans laquelle Garrel jouait déjà.

Patchwork raffiné et élégant des ambiances Wong Kar Waienne, ralentis suaves, robes droites et rigides, coloration des séquences, découpage façon nouvelle vague, bande-son éclectique en parfaite adéquation avec son sujet, les amours imaginaires séduisent par leur esthétisme formel et leur ambition scénaristique dont les dialogues et l’humour maîtrisé de bout en bout sont les principaux attributs. Xavier Dolan fascine ! Sa jeunesse qui ne peut être une anecdote lui confère une dimension poétique enivrante et sa rigueur scénaristique dans l’analyse des personnages en proie au délire amoureux ravive une douleur, celle de la maturité qui enrhume ses ambitions irrationnelles d’une dose certaine de cynisme et de dérision.

Après avoir souligné le génie d’un homme ayant assumé l’écriture, la réalisation, le montage et la production d’une œuvre complète, évoquons la performance de l’actrice Monia Chokri, sublime d’incertitudes tout au long de sa performance. Ses yeux ‘débiles’, sa bouche fleurie d’illusions portent en eux toute la palette des angoisses et des doutes, des désirs et des envolées soudaines qui transforment le visage de ceux qui aiment en un portrait crispé de Schiele.

On pourra toujours reprocher à Dolan d’en faire des tonnes pour raconter l’insatisfaction sentimentale et de multiplier les effets stylistiques pour masquer la relative banalité de son sujet. Ce serait faire preuve à l’instar des personnages Marie et Francis d’une forme d’amertume et ou d’amnésie en ligotant dans notre souvenir l’enthousiasme hallucinogène que provoquait, en nous, la naissance de la passion amoureuse. Et quelle bande son !

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 29-09-2010
Date de sortie BE : 06-10-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 13 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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