Critique de film
Le récidiviste

Perle à redécouvrir d’urgence, Le Récidiviste (Straight Time) synthétise toutes les caractéristiques du Nouvel Hollywood finissant. 

Dustin Hoffman est Max Dembo, délinquant d’habitude tout frais sorti de prison. Résolu à tourner le dos à son passé interlope, Max se plie aux obligations de son agent de probation. Mais l’accumulation de contraintes et de vexations va le faire rebasculer dans ses activités coupables.

Ulu Grosbard, belge d’origine, est un réalisateur peu connu, auteur de quelques insuccès dans les années 60 et 70. Ami d’Hoffman, il est recruté par ce dernier quand il s’est agi de porter à l’écran le roman d’Edward Bunker : No beast so fierce.

Tout commence par quelques plans typiques de l’époque. Max sort de prison, déambule dans les rues, cherche un travail, un logement. La foule est anonyme est peu encline à soutenir Max, fragile et sans ressource. Hoffman construit un personnage simple, son sourire est espiègle et innocent et sa démarche incertaine… sorte de croisement entre Ratso dans Macadam Cowboy (1969) et Raymond dans Rain Man (1988). Max est de toutes les scènes et nous embarque dans une vie de galère dont on rêve de l’extraire. Quand il revoie son vieil ami Willy (Gary Busey en vieil ado inadapté), il se fait gentiment jeter par sa femme (jeune et intransigeante Kathy Bates) lors d’une scène de repas naturaliste façon L'épouvantail. Son agent de probation (infecte et grandiose Emmet Walsh) accumule les humiliations envers le pauvre Dembo. Le film se déroule en chronique pépère et réaliste durant 45 minutes dénonçant, à la manière de Ken Loach, les abus d’un système répressif, sous couvert d’humanisme démocratique.

Et puis tout bascule. Max en a marre. Marre d’être pris pour moins de que rien. Marre de subir l’autorité d’un fonctionnaire obèse et crétin. Et la violence devient la solution. Ce n’est plus du Ken Loach qui nous est offert, mais de l’Alan Clarke ! 

Hoffman change son personnage. Max s’affirme, se raidit, bombe le torse et lève la tête. Les plans se font plus serrés. Le montage s’accélère. On n’assiste plus à la vie molle d’un repris de justice mais on suit au corps à corps un gangster qui reprend sa vie en mains. Max est un salaud qui ne veut pas échapper à son passé. Il embarque dans ses coups ses anciens comparses (excellente prestation, entre autres, de Harry Dean Stanton). Willy en fera les frais… Sa femme avait raison. Max ne changera jamais… 

Etranger à toute compassion, Max vole, agresse, manipule et se venge. La caméra complaisante suit avidement ses faits d’arme. Sa petite copine, Jenny (Theresa Russell) ne comprend plus rien. Elle qui l’a connu au début du film en petit ours mal léché découvre un gangster sans cœur. Et il manque de peu qu’elle soit embarquée, comme Bonnie, dans une équipée sanglante…

Qui est donc Max ? Un psychopathe ? Un produit du système répressif américain ? Un pauvre type qui ne trouve sa place que dans ses activités illicites ? Fidèle aux canons du Nouvel Hollywood, Le Récidiviste ne nous impose aucune réponse. 

Quoi qu’il en soit, les envolées humanistes néo-hollywoodiennes de la première moitié du film laissent la place, dans la deuxième partie, à un développement plus classique dans la forme même si novateur dans la représentation de la violence. L’individualisme devient une solution. Les années 80 peuvent commencer… 

Le Récidiviste est disponible dans une édition correcte chez WB (2007). Image satisfaisante et son mono. Commentaires audio dispensables de Grosbard et d’Hoffman. Documentaire intéressant qui confronte les impressions d’Edward Bunker et d’Hoffman, omniprésent.

Durée : 1H54

Date de sortie FR : 27-09-1978
Date de sortie BE : 27-09-1978
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 24 Juillet 2012

AUTEUR
Daniel Rezzo
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