Critique de film
Le monde fantastique d'Oz

Ou comment ce magicien minable qu’est Oscar Diggs dit Oz, en fuyant des spectateurs mécontents, fut emporté par une tornade et atterrit au milieu d’un monde merveilleux portant son nom. Accueilli comme le magicien que la prophétie annonce depuis toujours, il est destiné à régner sur Oz et à jouir d’une fortune inépuisable. L’imposture ne durera pas longtemps et Oscar va très vite bousculer l’équilibre du pays imaginaire.

Un prequel au film le plus vu de tout les temps, selon la Bibliothèque du congrès américain, c’est forcement tentant. Tentant pour les curieux, les nostalgiques, les fans mais surtout pour Disney, le producteur historique, comme face à l’or de la cité d’Emeraude. Le pari est aussi assez risqué car la patine ultra kitch du monument de cinéma qu’est l’original ne pouvait être ni anéantie, ni reproduite sous peine de déclencher un « code violation » ou un haro sur le ridicule. Au-delà du casting, le metteur en scène était la clé, et ici se situe la première bonne nouvelle, sur le papier en tout cas.

Qui mieux que Sam Raimi pouvait donc allier humour, CGI et faire d’Oz un film vraiment « Great and Powerful » ? Pas grand monde, encore eut-il fallu que le réalisateur ait les pleins pouvoirs et la main sur ce script inconséquent (allez voir le CV de Mitchell Kapner). En sortant de la séance, on se dit que Raimi a loupé le coche, réalisé un film sympathique certes, mais loin de son savoir-faire d’auteur. J’aime à penser qu’il s’agit de l’inverse il qu’il a réussi à faire virer de bord (que trop peu) l’improbable paquebot Disney. Car Oz est un film presque déceptif, dont le naufrage artistique serait intrinsèque au projet. En effet la trame et la structure sont quasi les mêmes que Le magicien d’Oz, lorgnant donc vers le remake inutile. Certes, à plus de soixante-dix ans d’écart, les progrès techniques servent un monde aussi riche visuellement mais sorti de ça…pas grand intérêt. Déceptif, donc, car prédéfini inepte.

Sam Raimi a donc réussi à garder un minimum de contrôle sur l’ensemble en équilibrant bien le spectacle et l’humain sans tomber dans la niaiserie pure ni dans le blockbuster embarrassant. Il glissera même à de très rares occasions ses fameux plans penchés, coups de zooms ou encore des caméras subjectives. Oui, on lui doit tout ça, beaucoup auraient désincarné ce prequel ou perdu tout sens de la bricole, cher à ce vieux Oz. Alors pourquoi rater l’essentiel et faire un film trop long, trop vide quand on est capable, en plus, de réaliser de si jouissives scènes de début et de fin ? Deux heures et sept minutes ! Quand on a presque rien à raconter, c’est une hérésie. D’autant qu’avec une demi-heure de moins vous casez deux séances de plus par jour. Mystère.

Autre point fâcheux : alors que le casting entier s’en sort bien malgré des personnages assez caricaturaux, James Franco est un peu perdu à la croisée des chemins, incapable de la vraie malice que requérait le rôle. L’acteur, par ailleurs très bon, notamment dans le prochain Springbreakers, n’articule pas et table sur un charme mou et un humour à la papa qui ne décolle pas. On ne lui demandait pas d‘être aussi agaçant que Judy Garland, mais elle au moins, avait le mérite d’être en accord avec le projet en surjouant en permanence. Pour le reste, Michelle Williams en Glinda est à tomber, Rachel Weisz en Wicked witch (celle qui finira écrasée par la maison de Dorothy) se défend bien mais n’a rien à jouer comparé au récent The deep blue sea et Mila Kunis poursuit son incarnation de figure maléfique après Black Swan.

Une œuvre étrange et perfectible mais qui sauve la mise par suffisamment de charme et de clins d’œil à son modèle. Oz vaut le coup d’œil à défaut de surprendre ou de captiver et a, en plus, le bon goût de remplacer les chansons insupportables par un cameo de Bruce Campbell. C’est peu mais c’est salutaire. 

Durée : 02h07

Date de sortie FR : 13-03-2013
Date de sortie BE : 13-03-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 04 Mars 2013

AUTEUR
Jérôme Sivien
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