Critique de film
Le Monde de Charlie

On n’oublie jamais son premier amour, surtout si elle écoutait du Bowie…

Adaptation de son propre roman “The Perks of Being a Wallflower”, ce Monde de Charlie de Stephen Chbosky flaire bon la douce mélancolie adolescente tapie en chacun de nous. Cette période instable où l’on cherche sa voie au gré des rencontres et des tourments que la vie nous réserve. Un film de genre qui n’échappe pas aux clichés mais qui s’en nourrit pour les surpasser. Explication.

Charlie (Logan Lerman aperçu principalement dans Percy Jackson et le voleur de foudre), teenager discret et par ailleurs secoué par des décès de proches, craint son premier jour de classe comme la peste et décompte avant même d’avoir commencé, les jours qui lui restent avant d’être diplômé. Renfermé et lettré, il apparaît d’entrée de jeu comme le souffre-douleur des autres élèves et connaît malgré ses efforts maladroits d’intégration, son lot de bizutage. Pendant un temps, son seul point de repère est un prof de littérature (Paul Rudd) qui décèle tant sa timidité maladive que son goût et un certain talent pour l’écriture. La rédemption viendra de 2 rencontres. Celle de Patrick (Ezra Miller), un mec excentrique, populaire et qui assume sans vergogne son homosexualité et celle de Sam (Emma Watson), jeune fille mignonne à souhait, libre et pleine de vie malgré un passé récent chahuté. Ces deux-là vont l’accepter, lui le geek, et petit à petit l’intégrer dans le petit monde de l’école jusqu’à lui ouvrir d’autres portes comme celles des soirées, de la drogue, de l’amour, mais surtout de lui-même. Une éclosion libératrice mais parsemée d’embuches et de confrontations avec une enfance pas encore digérée.

A relire mon premier paragraphe, on peut avoir l’impression que c’est un énième film du genre et il m’est difficile de pouvoir un temps soit peu dire le contraire tant toutes les étapes obligatoires de la high school US s’y trouvent (bal de promo, footballeurs crétins vs marginaux, départ vers le College avec des doutes quant à la bourse d’étude,…). Par contre, et c’est là que le film mérite à mon sens le coup d’œil, le réalisateur ( qui est donc l’auteur) a réussi à créer des personnages à ce point attachants que l’on a envie de s’y intéresser. Il réussit aussi à nous rappeler (en se foutant gentiment de nous) toutes nos maladresses de l’époque, toutes ces épreuves que l’on passe, toutes ces erreurs que l’on commet. On a envie de se dire que l’on est content de les avoir passés, mais on aimerait tant pouvoir regoûter à ces moments magiques pour la première fois.

L’acteur principal (Logan Lerman) est ce que l’on peut appeler un casting parfait tant il excelle dans son rôle de perdu du bahut que dans celui de jeune étalon fougueux. Emma Watson quant à elle, surtout connue pour son rôle dans la saga Harry Potter, est un petit bonbon tout rose, un modèle de chouquinetterie à l’état brut. On sent poindre au fond d’elle un je ne sais quoi de lumière même si on espère sincèrement que la jeune femme (22 ans quand même) va tout doucement sortir de ces rôles post-pubères et éclore vers des vrais rôles de vraie femme. Mais la véritable belle surprise vient de ce Ezra Miller. Sorte de dandy androgyne eurasien, le jeune homme semble flotter 15 centimètres au-dessus du sol et bluffe littéralement par son aisance à l’écran. Déjà plus que remarqué dans We need to talk about Kevin, l’acteur rayonne ici aussi et on a hâte de le découvrir dans d’autres registres.   

Autre surprise, dans son dernier tiers, le film prend également et de manière surprenante (bien qu’un peu maladroite) un tour dramatique que l’on ne soupçonnait pas vraiment et qui donne une mini-dimension en plus à l’impression globale de petit film mignon sans prétention. Attention, ce n’est certainement pas un chef d’œuvre. C’est un film (parfois un peu trop cucul) pour ados qui plaira aux ados (sauf la musique des 80’s et encore la musique est un éternel recommencement) et à ceux qui n’ont pas peur de se replonger avec nostalgie dans cette période merveilleusement bancale qui est celle du lycée... qui n’ont pas peur de repenser avec un mini-pincement au cœur aux compils ringardes de ballades rock qu’ils faisaient pendant des heures à leur dulcinée inaccessible.

C’est doux et ça fait certainement pas de mal d’y replonger. Surtout les cheveux au vent en écoutant du Bowie… 

Durée : 1h43

Date de sortie FR : 02-01-2013
Date de sortie BE : 02-01-2013
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Critique mise en ligne le 02 Janvier 2013

AUTEUR
Alexandre Janvier
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Rédacteur en chasse perpétuelle de nouvelles émotions cinématographiques, de grandes p...
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