Critique de film
Laurence Anyways

Les avis sont souvent tranchés quand il s'agit de parler de lui, on ne peut pas nier le fait qu'il soit extrêmement doué et que son âge, même s'il n'est nullement une excuse, joue aussi en sa faveur. Certains lui reprochent de n'être qu'un bon copiste, un poseur, d'autres comme moi, voient en lui une espèce de génie lunaire, poétique et diablement intelligent. Après Les Amours imaginaires encensés sur ce site l'année dernière, Xavier Dolan s'attaquait à une autre histoire d'amour où une nouvelle fois trois personnages allaient devoir composer pour rester eux-mêmes au sein de l'entité couple qui phagocyte parfois les personnalités pour les mouler dans un tout de normalité.

Laurence Anyways raconte l'histoire peu banale d'un couple, Laurence (Melvil Poupaud) et Fred (la fantastique Suzanne Clément) qui va s'efforcer de maintenir son unité alors qu'un des deux, l'homme en l'occurrence prénommé Laurence, veut changer de sexe. Il l'annonce à sa compagne, elle accepte de rester avec lui et de traverser cette épreuve libératrice en sa compagnie. Le film va dès lors suivre la trajectoire de ces deux êtres déchirés entre leur amour et leur désir personnel. Le couple doit-il dépasser l'individu, telle est la question posée par Xavier Dolan. Et il y répond avec finesse et complexité.
 
 
On retrouve toute la verve colorée de Dolan qui a écrit le scénario, découpé le film et choisi la bande-son. A l'exception de ces ralentis qu'il affectionne, il n'y a pas vraiment de ressemblance avec Les Amours Imaginaires, on est ici au coeur d'un drame humain alors que son précédent film effleurait les sentiments comme une main le ferait sur un voile léger balayé par le vent. Laurence Anyways est plus complexe, plus profond mais plus lourd aussi. La faute non pas à une longueur excessive qu'on ne manquera pas de lui reprocher mais bien au jeu de Melvil Poupaud parfois dépassé par le conflit vécu par son personnage. On sait que Dolan lui avait initialement préféré Louis Garrel. Tant mieux pour nous sans doute maisPoupaud, qu'on prend plaisir à retrouver au début, est parfois un peu à côtés de ses talons.
 
Ce petit bémol dans l'approche émotionnelle du film par son personnage principal est dissipé par l'incroyable composition de Suzanne Clément vraiment éblouissante au point que son personnage vole à la vedette à celui de Poupaud et c'est l'aspect le plus intéressant du film, cette existence vive du personnage de Fred qui finalement se sent lésée de voir son homme choisir une vie qui ne lui convient que très peu. Doit-on s'oublier à ce point par amour ? Dolan suit les courbes croisées de ces deux êtres pendant une décennie, c'est ce qui explique la durée du film, c'est ce qui lui donne sa force aussi. Les scènes tranchantes de dialogues amènent des temps morts musicaux et des fééries visuelles qui eux-mêmes précèdent de nouveaux dialogues sur le couple et son espace. Dolan nous étonne par les choix de son intrigue. Faut-il être seul pour parvenir à être ?
 
 
Laurence Anyways est une magnifique histoire d'amour comme le cinéma en a enfanté des dizaines mais c'est la liberté de ton de Dolan qui enthousiasme, son affranchissement des codes en les utilisant à contre-emploi, sa densité intellectuelle aussi qui lui fait toujours voir juste dans les hommes et dans le danger de cette normalité qu'on nous a imposé malgré nous et qui nous dicte inconsciemment nos choix. Les hommes libres doivent toujours être des égoïstes, en ce sens il a déjà raison.
 
Il a aussi le don de magnifier ses actrices. Suzanne Clément cette fois-ci qui évince son/sa partenaire et l'année dernière Monia Chokri (qui joue la soeur de Fred ici). Nathalie Baye dans le rôle de la mère est également parfaite apportant une dose d'humour salvateur au film qui aurait été sinon un brin pesant. Pour ne pas terminer par ce mot terrible, je conclurai en disant que Laurence et Fred sont peut-être les personnages le plus honnêtes qu'on ait pu voir au cinéma cette année, honnêtes au sens de sincères, chacun avec leurs choix, égoïstes à tour de rôles.
 
 
Durée : 2h41

Date de sortie FR : 18-07-2012
Date de sortie BE : 18-07-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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