Critique de film
La Vénus à la Fourrure

Mais quel pied ! Ca faisait longtemps que le cinéma ne nous avait pas convié à pareille messe. A mi-chemin entre Carnage et Lune de Fiel, Polanski réinvente le théâtre filmé loin de l’ampoulé film de Resnais, Vous n’avez encore rien vu. Autant le film de Resnais était un hommage ronflant aux comédiens, autant le Polanski est un jeu, une joute verbale mettant en question les rapports entre le metteur en scène et le comédien mais surtout traversant avec malice sa filmographie et ses déboires personnels.

Polanski reprend l’unité de lieu (huis-clos) de Carnage. Ici un théâtre dans lequel Thomas (Mathieu Amalric) fait passer des auditions à des actrices. Le film démarre par un long travelling qui pénètre, en plan séquence, l’antre du théâtre et découvre justement Thomas au téléphone, en train de se lamenter du piètre niveau des actrices qu'il vient d'auditionner. C’est à ce moment que Vanda (Emmanuelle Seignier) surgit comme une tornade. Elle est prête à tout pour obtenir le rôle, connaît les répliques sur le bout des doigts, sort des accessoires de son sac et finit, en dépit d’une vulgarité assez repoussante, à complètement fasciner le metteur en scène imbus de lui-même.

Avec La Vénus à la Fourrure, Polanski réalise un coup de maître. On ne l’attendait pas là après le décevant Carnage. Ici, l’intérêt est immédiat. Dans ce mano a mano verbal, le réalisateur joue avec le spectateur, pire il le manipule à l'instar de ce qui se déroule dans le théâtre. Qui dirige qui dans cette répétition ? Vanda manipule-t-elle Thomas ? C’est une évidence... mais dans quel but ? La mise en scène est phénoménale, d’une fluidité totale. On voyage sur cette scène, passe d’un comédien à l’autre. Le langage aussi qui varie en fonction du texte de la pièce que Vanda récite avec beaucoup d'élégance alors qu'elle se montre beaucoup plus grossière dès qu'elle sort du texte. C'est un jeu sur les apparences et sur les postures que l'on tient, les masques que l'on porte.

Ce n’est pas anodin qu’il s’agisse ici d’adapter le roman érotique de Sacher Masoch ou plus précisément l'oeuvre de David Ivès. On se souvient évidemment de Lune de Fiel, un des sommets de la cinématographie de Polanski, où il explorait la relation amoureuse d’une jeune femme et d’un homme plus âgé où la naissance du masochisme et de la perversion répondaient à la déliquescence des sentiments. Polanski revisite ce rapport à travers la relation actrice-metteur en scène et le dédouble d’un second degré de lecture plus intimiste étant donné que Seignier est également sa compagne. La fin formidable réalise une forme de catharsis qui amusera beaucoup le spectateur.

Le film est jouissif, ludique, habile. On rit beaucoup mais surtout on reste complètement accroché à cette aura mystérieuse parfaitement soulignée par la musique d’Alexandre Desplat et l’énorme travail sur le son et les bruitages. Amalric et Seignier sont à l’unisson d’une mise en scène aussi discrète que prodigieuse. La mécanique ne souffre d’aucun raté, le film accomplit sa trajectoire en prenant des chemins de traverse mais avec une profonde confiance en lui. La Vénus à la Fourrure ramène Polanski au devant de la scène et nous offre la plus belle fin de Festival possible.

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 13-11-2013
Date de sortie BE : 13-11-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Matthieu Rego
13 Novembre 2013 à 01h01

Féminisme Twilight Zone parfum theatre. J'ai adoré!
Critique mise en ligne le 26 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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