Critique de film
La Planète des singes - Suprématie

Ce nouvel épisode de La Planète des singes clôt la trilogie amorcée par l’honnête Les Origines (2011) de Rupert Wyatt suivi par le théâtral L’Affrontement (2014) de Matt Reeves. Ce Suprématie, encensé par la critique outre-Atlantique, s’avère étonnamment plutôt balourd.

On avait laissé un César (bluffant Andy Serkis) victorieux contre les humains mais soucieux de prochaines guerres à venir. Matt Reeves construit la première partie de son récit comme un voyage à travers une Amérique sauvage et dévastée. On est presque dans un western où les éléments naturels jouent des personnages pesants. Que ce soit la moiteur d’une forêt californienne ou la neige qui grignote tout (jusqu’à l’image cinématographique dans le dernier tiers du film). Le monde est malade, les humains perdent la parole, la faute à une « grippe simiesque » qui mute inexorablement vers un mutisme général. Reeves ose réaliser un film d’une envergure imposante avec peu de mots, ce qui redéfinit, de surcroît, l’esthétique du blockbuster. Un « pas de côté » face à la production courante. Comment faire passer les informations sans passer par la parole ? Il est étonnant de voir, entre deux grosses explosions, un film qui se dessine par des gestes et des murmures. C’est à travers le langage des signes que les singes communiquent, mais aussi et surtout à travers la place de l’écrit dans la narration. L’écriture serait l’une des dernières traces reconnaissables de l’humain. On retrouve ainsi de l’écrit sur les casques des soldats, qui renseignent sur leurs intentions envers les primates, dans une introduction au calme assourdissant avant une embuscade étourdissante. On entrevoit aussi un « Ape-calyspe Now » marqué sur les murs d’un tunnel, qui indique pertinemment l’état de la planète. L’édification de ce monde écrit par des fantômes est saisissante.

Singer le précédent opus

Finalement moins spectaculaire que le précédent opus, cette guerre tant attendue, qui s’immisce même dans le titre original (War for the Planet of the Apes), se révèle plus d’ordre idéologique ou psychologique et peine à trouver un véritable climax. Belle chose que de s’attarder sur les sentiments plutôt que sur l’action, seulement les enjeux ne sont guère épais. Saupoudrée par des accents bibliques, l’intrigue, réduite, mêle la veille pour la survie des espèces et le combat contre toutes les formes d’altérités.

Cet épisode souffre du même problème que L’Affrontement, c’est-à-dire d’un scénario balisé et souvent maladroit. Le film évite l’écueil du manichéisme mais n’échappe pas à certains traits caricaturaux, notamment pour dépeindre le portrait du Colonel (Woody Harrelson) qui fait évidemment écho à celui du Colonel Kurtz dans Apocalypse Now. Dans son bureau est écrit « Histoire, Histoire, Histoire », comme pour souligner l’importance de la mémoire dans un monde qui se meurt. Force est de constater que l’histoire se répète à la fois dans la diégèse, mais aussi, plus ironiquement, pour le blockbuster lui-même qui n’est qu’une déclinaison paresseuse de l’épisode précédent. L’histoire, c’est ce que semble paradoxalement délaisser Reeves, bien trop occupé à citer ses classiques. Après Francis Ford Coppola, c’est vers La Grande évasion de John Sturges que le film lorgne. La narration devient ainsi plus classique, stagnante, et moins aventureuse (celle du film de prisonnier). De plus, Reeves cite Akira Kurosawa et Clint Eastwood comme source d’inspiration (rien que ça) dans ses recherches thématiques et visuelles. Il n’arrive jamais à la hauteur de ses influences.

Une conscience politique

Si La Planète des singes – Suprématie se démarque de la plupart des blockbusters estivaux, outre par sa mise en scène précise et maîtrisée, c’est surtout par sa conscience politique. Le réalisateur de Cloverfield pousse l’anthropomorphisme à son paroxysme en épousant presque exclusivement le point de vue des singes, notamment à travers des gros plans absolument terrassants sur les primates. Le travail exercé par la société Weta Digital, plus dirigé vers l’émotion que sur la crânerie, est extraordinaire. Comme pour l’œuvre fondatrice de Franklin J. Schaffner en son temps, les singes ne sont qu’un prétexte pour mieux scruter et analyser les hommes. Des réminiscences liées à l’actualité font ainsi surface : l’Amérique chaotique de Trump avec l’évocation d’un mur à ériger ou encore du parcage de populations indésirables et autres crises migratoires. Sans pour autant complètement démériter, La Planète des singes – Suprématie n’est pas la révolution espérée.

Durée : 02h20

Date de sortie FR : 02-08-2017
Date de sortie BE : 12-07-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 01 Août 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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