Critique de film
Justice League

Fruit d’une production chaotique, le nouveau blockbuster super-héroïque Justice League débarque aujourd’hui dans les salles, endeuillé par le suicide de la fille du cinéaste Zack Snyder qui aura contraint le chef d’orchestre du DC Universe à se retirer de la postproduction du film pour céder la place à Joss Whedon (Avengers 1 & 2) pour deux mois de tournage additionnel à seulement quelques semaines de la sortie du film. Derrière cette tragédie individuelle que nous nous abstiendrons de commenter et qui trouve une résonance dans les premières images du film, Justice League révèle, à l’instar des récentes productions DC-Warner, les problématiques actuelles de production de nombreux blockbusters contemporains, où la culture populaire semble prisonnière du même moule de fabrication et tend à s’effacer au bénéfice du plus petit dénominateur commun.

Frères de sang

Si Snyder reste officiellement seul maître à bord du navire, Whedon étant uniquement crédité en tant que scénariste, la présence du transfuge de l’écurie Marvel est pourtant clairement visible à l’écran. Entre blagues potaches et caractérisation empruntée à la concurrence (la dynamique Flash/Superman n’étant pas éloigné de celle de Hulk et Thor dans le premier Avengers), les habitués des productions Marvel ne seront pas dépaysés tandis que les défenseurs du DC Universe retrouveront l’habituel combo de poses martiales filmées au ralenti propre au cinéma de Snyder depuis son adaptation de 300. Au-delà de cette paternité plus complexe que ne le laissent entendre la production et les crédits du film, le résultat final n’en reste pas moins indigeste et douloureux pour tout amateur de pop culture qui se respecte. Aussi dissemblable que soit leur approche de la mythologie des super-héros, les cinémas de Whedon et de Snyder se rejoignent dans une même conception du spectacle cinématographique où la dictature du cool s’érige en unique credo face à toute logique narrative ou vision d’ensemble sur le matériau adapté.

Crime et châtiment

Moins déplaisant qu’un Batman vs Superman ou un Avengers 2, Justice League reste un naufrage artistique sans appel qui témoigne du degré d’indigence d’une production pourtant budgétisée à plus de 300 millions de dollars. Par la laideur de sa direction artistique ou de sa mise en scène, qui oscille entre gros plan télévisuel sans profondeur et ralenti dès qu’un combat se met en place, cette réunion de justiciers en collants ressemble à une série télévisée des années 80 entrecoupée de cinématique de jeux vidéo d’un autre âge. Sous perfusion numérique, perdu au milieu de décors photoshopés jusqu’à la nausée et d’incrustations douteuses, le spectaculaire invoqué n’est présent qu’à l’état de fantasme. Débutant sur des images amateurs d’un Superman filmé à l’aide d’un iPhone en mode vertical, Justice League témoigne assez bien de l’absence d’écriture cinématographique qui préfigure à la conception même du film.

Réitérant les pires scories inhérentes aux productions Marvel et DC, le film de Snyder et Whedon aligne les scènes d’action interchangeables (le coup de pouce de Flash à Wonder Woman qui fait écho à l’évasion de Magneto dans le X-Men : Days of Future Past de Singer en mode mineur) et les retournements scénaristiques qui contrastent avec la dimension super-héroïque des personnages et du récit (le sauvetage de la Terre résumé à un couple de prolos russes et leurs deux enfants ou un affrontement avec Superman totalement dispensable au vu de la stratégie établie par Bruce Wayne).

Bref, en ce mois de novembre, si vous êtes en manque de films de super-héros, plutôt que de mettre dix euros dans un énième collant qui finira par déteindre au lavage, tournez-vous vers l’excellente édition vidéo de Darkman, authentique chef-d’œuvre signé Sam Raimi sorti en 1990 et qui préfigurait avec 20 ans d’avance la vague de super-héros qui allait envahir Hollywood pour le meilleur et pour le pire.

Réalisateur : Zack Snyder

Acteurs : Ben Affleck, Henry Cavill, Gal Gadot

Durée : 02h00

Date de sortie FR : 15-11-2017
Date de sortie BE : 15-11-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Tobogo
26 Novembre 2017 à 12h20

Excellente critique et état des lieux d'une production en manque d'inspiration obnubiler par le dieu dollar...
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Critique mise en ligne le 15 Novembre 2017

AUTEUR
Manuel Haas
[113] articles publiés

Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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