Jack Reacher est un film d’action assez jouissif parce qu’il ne cède pas aux sirènes du maniérisme numérique ou à la multiplication des plans. Inspiré du roman de Lee Child « One Shot », neuvième tome de la Saga Jack Reacher, le long métrage de Christopher McQuarrie (The way of the gun) est une ode à son acteur principal Tom Cruise, crédité d’ailleurs en tant que producteur et déjà détenteur de la franchise Mission Impossible. A cinquante ans, l’acteur qu’on disait fini, renaît comme un phénix mais bien afféré à construire son propre mythe avec un narcissisme contrebalancé par une autodérision de bon aloi. Assez proche des films d’action à l’ancienne (fin 70 – début 80 appuyées par les présences d'Herzog et Duvall au casting), Jack Reacher allie des scènes de baston efficaces et viriles, une enquête potable et surtout des dialogues savoureux, le tout saupoudré d’un discours un brin réac et d’une misogynie insidieuse.

Tom Cruise vient de fêter son cinquantième anniversaire et après avoir traversé une période creuse en 2006 où il fut viré par Paramount Pictures qui l’accusa de comportement inacceptable et de suicide créatif, on peut résolument affirmer qu’il a redressé la pente. C'est vrai ! Sérieux, rares sont d’ailleurs les acteurs de son âge qui parviennent à créer un personnage aussi creux que ce quinquagénaire grisonnant qui se refuse à vieillir et qu’il trimballe de films en films. Il y a bien Bruce Willis qui survit encore un peu, comme Cruise il a tendance à reproduire son personnage dans les films qu’il traverse. A l’instar des Expendables, tous sont obligés de se parodier pour être crédibles ! L’industrie cinématographique est cruelle, elle jette comme elle a adoubé. Les acteurs cantonnés aux rôles de mafieux sont l’ombre d’eux-mêmes, surnagent les résistants du film d’action. Comme si c’était dans ce genre cinématographique qu’ils pouvaient encore être crédibles.
Tom Cruise qui n’a pas inventé la poudre a tout de même le nez fin. Il parvient à exister grâce à son absence de charisme dans un univers testostéroné et primaire. C’est grâce à Night and Day avec Cameron Diaz qu’il a refait surface, il a retenu la leçon. Il incarne le héros masculin réaliste et narcissique. Il rampe sur des buildings, conduit des motos à toute vitesse, fracasse cinq mecs à la fois. Il a le complexe du nain en somme ! Il veut prouver qu’il existe, pourtant ce n’est pas dans des rôles virils qu’on le préfère puisqu’il ne fait que reproduire la même recette mais bien dans les rôles qui l’ont tourné en ridicule comme le mari cocu d’Eyes Wide Shut ou le charlatan ésotérique de Magnolia. Dans Jack Reacher, il se la joue Pete ‘Maverick’ Mitchell vieilli, un mec qui assure trop. Ancien militaire qui s’est volatilisé dans la nature, il refait surface pour enquêter sur un quintuple meurtre en compagnie de l’avocate du prévenu (la plantureuse Rosamond Pike). Le réalisateur parvient dans une scène d’exposition très réussie à affirmer la nature du long métrage, un tueur, dont on voit le visage, arme un fusil à lunettes et balaie l’horizon. L’écran permet alors de voir la vue réelle et celle centrale de la lunette grossissante. Nous ne sommes plus dans un cinéma qui crée une réalité mais dans un cinéma qui rend visible celle qui existe déjà en la déformant (dans ce cas de figure en la grossissant). Le tueur dégomme alors tout ce qui bouge comme dans un jeu vidéo avec dextérité et froideur.

Un ancien militaire rentré d’Irak un brin perturbé est choisi comme coupable mais Jack Reacher sait qu’il est innocent. L’écueil principal des enquêtes au cinéma vient du temps cinématographique beaucoup trop court. McQuarrie téléguidé par Tom Cruise ne parvient pas à rendre son intrigue haletante, elle fait rapidement allusion aux tueries sauvages qu'ont connues les E.U. (notamment celle où un homme et son neveu tiraient depuis une camionnette blanche sur des cibles humaines dans des stations essence), se perd dans une affaire de gros sous un peu facile avant d'élaborer une théorie analytique farfelue. Le film n’est pas assez long, il suffit de se pencher sur des séries policières du type The Killing, Damages pour comprendre que Jack Reacher doit se concentrer sur la forme pour espérer faire preuve de punch et d’originalité. Les séries ont tué l'intrigue au cinéma et le cinéaste se désintéresse d'ailleurs de la sienne.
Au niveau de la mise en scène, il faut avouer que la photographie de Caleb Deschanel (Apocalyspe Now) fait des merveilles, délicieusement old school et raffinée. Elle nous met dans de bonnes conditions pour apprécier à sa juste mesure la très belle course poursuite en voiture à hauteur de bitume avec caméras embarquées, la scène hilarante de baston et l’inévitable scène finale (je ne spoile rien en vous racontant que ce sera soit dans un labyrinthe d’escalier métalliques situé d’un dépôt quelconque ou sur un terrain vague pluvieux) où le héros secret parviendra à en découdre avec une demi douzaine de sbires agressifs mais maladroits. Les répliques fusent avec générosité, elles impriment l'oreille. C'est du spectacle efficace.
Cruise a réussi son coup, il vient de lancer une nouvelle franchise où il jouera un héros immuable, mystérieux et misogyne. Les deux personnages féminins du film sont affligeants. La première, une jeune paumée est taxée de tous les noms d’oiseaux par Jack Reacher, une liste d’insultes longue comme un menu de restaurant parce qu’elle ose l’aguicher en tenue suggestive tandis que la seconde, l’avocate, est dépeinte avec un cerveau reptilien incapable de résister à son charme. Tom Cruise en profite pour nous montrer son torse saillant en prenant un plaisir pervers à déstabiliser le personnage féminin sans jamais lui céder. C’est donc avec satisfaction qu’on accueille enfin ce coming-out tant attendu. On est beaucoup moins enthousiaste à l’idée de le voir épouser les théories réac de justice personnelle chères au cinéma Bronsonnien avec lequel Jack Reacher a plus d’un point commun. Mais bon ce genre de commentaires nous amènerait à poser un jugement moral sur le film et Daniel nous a déjà dit ce qu’il fallait en penser dans cet article.
Acteurs : Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall, Richard Jenkins, Werner Herzog, David Oyelowo, Michael Raymond-James
Date de sortie FR : 26-12-2012
Date de sortie BE : 26-12-2012
jf
26 Décembre 2012 à 16h39
Dernier conseil : surtout ne regardez pas les bandes annonces et gardez la surprise pour bénéficier à plein des effets comiques.

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