Critique de film
Good Vibrations

Que sait-on du monde des personnes sourdes et malentendantes si ce n’est que c’est un monde autre, un monde structuré par ses propres codes, habité par les sensations et les perceptions dont on saisit si peu ? Jeune réalisatrice au parcours atypique, Lydia Erbibou, accompagnée de son équipe, est animée par le désir de soulever légèrement le rideau opaque qui sépare l’univers sonorisé de l’univers traversé par le silence, et de voir ce que pourrait produire une telle rencontre. Comment entendre, ressentir, faire de la musique lorsqu’on est sourd ou malentendant ? Telle est la question qui oriente la narration de Good vibrations, documentaire sur le vivre-ensemble qui s’adresse aux entendants aussi bien qu’aux malentendants. Projet audacieux pouvant intéresser le milieu scientifique aussi bien qu’un amateur de cinéma, il a débuté comme tous les films « dits fragiles » pour aboutir – après trois ans de travail – à une sortie au cinéma.

Expérience unique

En effet, Good vibrations n’est pas seulement un documentaire de plus qui traite de la problématique du vivre-ensemble : c’est un projet unique en son genre, porté par les bonnes vibrations de la professeur Elsa Falcucci. Réalisé à la base de l’Institut national de jeunes sourds de Paris, celui-ci inclut les adolescents qui habitent le langage autrement, d’une manière inattendue, souvent surprenante. L’écran s’allume et aussitôt la caméra nous propose de suivre un jeune qui traverse le couloir d’une démarche suffisamment déterminée pour qu’on en déduise qu’il y a une véritable intention derrière. Il sait où il va : il va au cours d’éveil musical, lieu où on ne tarde pas à se sentir un peu égaré, comme s’il s’agissait d’un voyage dans un pays étranger. Culture à part entière, ce lieu fonctionne selon ses propres règles, et cela prend un bon moment avant de parvenir à s’y familiariser quelque peu. La salle où les élèves font, écoutent, partagent la musique n’a rien de commun : on leur propose un équipement diversifié qui permet à tout un chacun de s’imprégner de la musique, sentir comment elle traverse le corps et ainsi créer un lien toujours singulier avec l’univers sonore. Dans un deuxième temps, la trame du film nous invite à assister au processus de création d’un court-métrage musical réalisé par les élèves mêmes. Nous verrons ainsi progressivement comment ce film dans le film aux allures surréalistes offrira à chaque élève une occasion d’exprimer librement la singularité de son désir.

Mon silence a des couleurs…

Tout au long du film, nous n’avons à aucun moment l’impression que la parole apparaît comme manquante : en traversant tout le corps, elle surgit dans la posture, le toucher, le regard. Il en est de même pour la musique que les élèvent ne manquent pas d’« entendre », chacun à sa manière. Avec sa caméra fluide et énergique qui capte instantanément un geste, un sourire, un soupir de manière toujours pétillante et pleine d’expression, Lydia Erbibou sait donner un souffle de vie à notre rencontre avec les adolescents sourds et malentendants, eux-mêmes en pleine création de lien avec la musique. Avec les outils cinématographiques, visuels et sonores, elle tente de transmettre quelque chose de la sensation que peut éprouver le corps vivant touché par un son ou un mot, tout en se heurtant, bien évidemment, à cette limite au-delà de laquelle les machines ne peuvent plus montrer, dire ou entendre.

Réalisateur : Lydia Erbibou

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 15-11-2017
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Novembre 2017

AUTEUR
Maria Karzanova
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