Critique de film
Gatsby le Magnifique

Il n’y avait pas grand-chose à attendre de ce Gatsby ! Baz Luhrmann est un réalisateur habitué aux démonstrations visuelles démesurées et baroques. On se souvient du pénible Moulin Rouge et de la version pop de Roméo et Juliette. En adaptant le destin funeste du Gatsby de Fitzgerald, roman culte déjà dépoussiéré au cinéma en 1926 par Herbert Brenon et en 1976 par Jack Clayton avec Robert Redford dans le rôle du millionnaire, il épouse un terrain qui lui était sans doute destiné. On comprend ce qui a pu le séduire dans cette tragédie sur la superficialité d’une vie guidée par l’argent et derrière laquelle surgit au fond l’espoir d’un passé réinventé.

Gatsby c’est peut-être un peu Luhrmann, un mec qui organise des fêtes somptueuses, qui en fait des tonnes, balance de la poudre aux yeux, imagine développer une 3D parce que c'est à la mode. Le personnage et le réalisateur finissent par se confondre dans cette débauche visuelle qui frétille sous l’œil comme naguère ses poudres acidulées qu’on se glissait sur la langue et qui explosaient dans nos palais d'enfants. La première heure du film est à cet égard d’une vacuité artificielle saisissante, la 3D est hideuse, elle rappelle les heures assez laides du récent Oz, tout semble faux et les successions de plongées aériennes sur le New-York de l'époque accentuent cette impression d'irréalité... Il suffit une nouvelle fois d’enlever ces lunettes encombrantes pour comprendre la fragilité de l’argument marketing, seuls les sous-titres sont alors flous.

Mais finalement peu importe cette 3D qui assombrit l’écran et alourdit le propos. Que parvient à faire Luhrmann de la matière du livre ? Pas grand-chose si ce n’est cette demi-heure pleine de grâce qui voit Gatsby (Leonardo DiCaprio) retrouver Daisy (Carey Mulligan) après 5 ans de séparation dans la demeure de son voisin Nick Carraway (Tobey Maguire). Toute l’ampleur de l’angoisse de DiCaprio se communique alors nerveusement au spectateur. Cette rencontre attendue est merveilleuse de simplicité et accouche des seuls moments émouvants et drôles du film. Comme Gatsby, Luhrmann se réfugie derrière un filtre tape à l’œil pour masquer sa timide incertitude, Daisy va-t-elle quitter son mari ? Le public va-t-il aimer cette histoire d’amour réduite à une peau de chagrin derrière une vitrine outrageuse ?

A l’époque le livre de Fitzgerald n’avait pas convaincu la critique. Glorification de l’anecdote, ironie forcée, absence de style. La critique n’épargnera sans doute pas ce Gatsby là, cette débauche parfois vulgaire d’énergie vaine. Ironie du sort, Gatsby ne parviendra pas à ses fins, Daisy se détournera lâchement de lui. Luhrmann, à son instar, en fait trop, critique malgré lui (la matière du livre adaptée assez fidèlement le prend au piège) un système basé sur la futilité mais le fait sien en jetant des millions au fond d’une piscine de champagne visuel.

On ne retiendra pas ce film, l’histoire l’oubliera rapidement, le public l’aimera sans doute parce qu’il est dans l’air du temps avec sa bande son pop, RnB et rap et ses interprètes musicaux ronflants. On sort pourtant de sa projection avec une gueule de bois sévère, la même que celle qui pousse Nick, le narrateur, à exorciser ses démons, écrire pour oublier, c’est aussi ce que nous faisons. En ce sens, le film est habile mais terriblement évanescent. Comme toujours il reste l’immense interprétation de DiCaprio, le plus grand acteur de sa génération. Ce serait terrible qu’on lui accorde enfin l’Oscar pour ce rôle, terrible parce que ce n’est pas son meilleur mais qu’il est toujours brillant, passant de cette colère névrotique qui le caractérise à la crainte, l’angoisse, volant sur le sentiment amoureux avec légèreté. Il sait tout faire, le pli du front saillant, tic de l’actor studio. Ses mimiques, ses réactions, sa gestuelle, sa démarche font de lui un Gatsby convaincant. A ses côtés Mulligan et Maguire peinent à exister. Elle reste l’incarnation d’une femme enfant fragile, lui dans ce rôle de spectateur un peu benêt n’a pas grand-chose à prétendre… mais ce n'est pas un film d'acteur, c'est un film qui se veut être la continuité du style de son auteur, style qui lui colle à la peau comme l'espoir insensé collait à celle de Gatsby, une fois que l'histoire est enclenchée, ils ne peuvent plus reculer.

Durée : 2h23

Date de sortie FR : 15-05-2013
Date de sortie BE : 15-05-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Keonamn
30 Juillet 2014 à 12h29

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lucybrown
30 Mai 2013 à 18h39

Mêmes impressions sur un film très décevant... Pas pu tenir jusqu'à la fin, tellement c'était insupportable, trop de tout, une musique détestable, des zooms jusqu'à l'overdose, des acteurs qu'on a envie de réconforter : tous excellents, mais qui semblaient si mal dirigés qu'on avait l'impression qu'ils parodiaient un je-ne-sais-quoi de terriblement superficiel et pédant. Un gros gâteau plein de sucre, de chantilly, etc. Ecoeurant d'effets divers, mais finalement plein de rien.
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Critique mise en ligne le 15 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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