Critique de film
D'une pierre deux coups

Fejria Deliba réalise son premier long-métrage et le colore de nuances sociales et familiales. D'une pierre, deux coups s'étend sur deux fils : l'un cousu en huis-clos, l'autre tissé en road-movie. Celle qui fait le lien et permet l'équilibre entre ces deux entités, c'est Zayane, une vieille mère fatiguée dont la quête mystérieuse va devenir la dynamique du film.

Une renaissance

L'intrigue du film s'installe doucement. Une vieille femme est occupée par des tâches ménagères et doit répondre aux besoins de ses enfants partis du foyer. Une lettre va perturber cette tranquillité : le deuil d'un fantôme du passé trouble le quotidien monotone de Zayane. La réalisatrice met en scène le culte du secret exercé par cette femme pendant toute sa vie. Pendant que celle-ci se lance dans un road-movie, ses enfants s'inquiètent de son absence. Certaines de ses filles déterrent même le trésor d'une vie antérieure, imprimé sur des bandes de films. D'une pierre deux coups a l'originalité d'aborder la question de l'identité d'une femme à l'aube de ses quatre-vingt printemps. Il n'y a pas d'âge pour régler ses comptes, pour retrouver l'essence de ce qu'on a toujours été, pour renaître le temps d'une journée. Une sobriété poétique se pose alors sur le voyage de Zayane : son visage impassible rencontre des rayons de soleil, des révélations sur une sexualité qu'elle n'approuve pas, la violence d'un camionneur. D'une pierre, deux coups filme la respiration fanée de Zayane, prête à inspirer de nouveau avec gourmandise.

Dessiner la liberté

A travers le retour dans le passé de son personnage principal, Fejria Deliba esquisse délicatement la liberté. Ce thème fondamental du film s'étend aussi au huis-clos familial qui se déroule en même temps que l'escapade de Zayane. Les enfants se retrouvent autours de la table. Tous ont reçu la même éducation, et pourtant, se déploie un éventail de diversité. Pendant que l'une choisit de porter le hijab et se moque de la femme convertie de son frère, l'autre opte pour une robe pimpante très courte. En dînant, certains se servent du vin rouge, d'autres du soda. Et une délicate interrogation s'enracine au cœur de l'intrigue : qui acceptera le passé de sa mère ? Que ce soit Zayane qui vole des fleurs de vigne ou son fils qui pioche quelques tiges dans le bouquet qu'il doit livrer, la liberté retrouve sa fougue, comme une fleur qui manque cruellement d'eau.

Simplicité anti-manichéenne

La sensation paisible qui enveloppe pendant D'une pierre, deux coups réside dans son refus du manichéisme. La réalisatrice enlace une réalité sans jugement, ni mépris et parsème le tout d'intelligence. Ce choix discret dore le film, lui donne une importance modeste. Et l'héroïne qui se bat contre le monstre manichéen, c'est Zayane, filmée modérément comme une magicienne de la liberté, une liberté brute, contradictoirement fermée, pas forcément bien pensante mais une liberté de femme qui a osé vivre un amour interdit, tout simplement. Quant à la question plus complexe du rapport post colonialiste entre la France et Algérie, elle reste un peu voilée et manque légèrement de provocation. Une claque supplémentaire n'aurait pas été de trop mais la réalisatrice n'a pas su condamner cette sobriété qu'elle semble vouloir conserver à tout prix.

D'une pierre deux coups s'impose discrètement au regard comme un film sans prétention, au discours pourtant chaleureux et apaisant. Ode à la liberté et aux complexités familiales inévitables, la comédie de Fejria Deliba est bel et bien sociale. Pendant que la tendresse a tendance à effacer l'originalité de la trame, l'humanité, elle, reste intacte.

Durée : 1h23

Date de sortie FR : 20-04-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 22 Mars 2016

AUTEUR
Alice Carlos
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