Critique de film
Camille Redouble

Qui n’a pas rêvé de remonter le passé et de revivre ne serait-ce qu’une journée sa vie de collégien, les cours, les repas en famille, entendre encore la voix de sa mère dans la cuisine, fumer ses premières clopes et boire des bières en bande, embrasser pour la première fois et éviter son autre dans les bruits de couloir ? Noémie Lvovsky n’invente rien, énormément de films font faire des voyages dans l’espace à leurs personnages mais là où elle innove c’est qu’elle interprète elle-même les deux Camille, celle de 45 ans, comédienne éreintée et alcoolique en instance de séparation et celle qui n’a encore que 16 ans mais dont elle prend possession pour changer son destin.

Noémie Lvovsky ne joue pas sur la connaissance qu’elle possède en tant qu’adulte dans un corps d’adolescente, elle revit sa jeunesse avec frénésie, boulimie. Elle aspire chacune des secondes du passé pour les réinventer. Avec délicatesse elle enregistre la voix de ses parents aujourd’hui disparus sur ces petits magnétophones des années 80, réécoute son baladeur, roule à vélo, tombe encore amoureuse de cet homme qu’elle quittait il y a quelques minutes dans sa vie d’adulte. La voix d’une mère disparue, ça peut paraître simpliste mais pourtant c’est extrêmement touchant. C’est le son de la voix qui lui manque dans sa vie d’adulte et elle y pense sans arrêt, elle vit intensément cette seconde jeunesse mais ne peut se départir de l’idée qu’elle n’appartient plus vraiment à ce monde.

Aucun jugement de valeur sur les étudiantes qui n’ont pas son âge, sur ses profs, sur ses parents, elle n’utilise pas l'avantage de l'âge pour changer l’histoire, elle essaie juste de ne pas refaire la même erreur en se rendant progressivement compte que cette erreur (telle qu’elle la voit à présent) fait partie d’elle et qu’elle ne doit pas s’en défaire. Parce que ce voyage dans le temps part de cette idée de détachement, tout commence par une bague dont on veut se défaire, tout se termine par la même bague passée au même doigt irrésistiblement coincée entre les phalanges. Entre temps, la réalisatrice comédienne a décrit son souvenir avec tendresse et drôlerie. Car même si elle est profondément mélancolique, l’ensemble respire tout de même la spontanéité et la bonne humeur. C’est avant tout le résultat d’une direction d’acteurs de haute volée, tout le monde est au diapason. Les parents doux interprétés par Michel Wuillermoz et Yolande Moreau, les professeurs hystériques ou lunaires par Mathieu Amalric, Denis Podalydès et Micha Lescot, les amies India Hair, Julia Faur et la merveilleuse Judith Chemla d’une justesse folle, le petit ami Samir Guesmi, les apparitions plus anecdotiques de Jean-Pierre Léaud dans le registre qu’on lui connaît et Vincent Lacoste toujours aussi savoureux soulignent oh combien le film est une aventure d’acteurs et que Noémie Lvovsky a eu l’intelligence de s’effacer devant eux avec un souci très Allenien.

Si les scènes s’enchaînent avec grâce, liées entre le passé et le présent par la présence d’u chat sans âge, la mise en scène souffre toutefois d’un petit manque de panache. Les décors sont bien en orange comme le veut l’époque, les bagnoles sont carrées, les looks bigarrés, les acteurs s’emploient à envahir l’espace comme ils le feraient d’une scène de théâtre, enjoués à l’instar de leur réalisatrice qui épouse les attitudes de l’adolescence avec malice. On sent que tout le monde a pris son pied, c’est communicatif mais en dépit de l’aspect touchant de l’entreprise, le film ne prend jamais vraiment son envol, il y a bien une prise de risque dans le scénario, une élimination des pistes d’interprétation mais Noémie Lvovsky assiste à son passé avec un peu trop de distance, ça semble un peu mental. Un comble d’intériorité ! Alors qu’elle s’en retourne sur un chemin enneigé du futur, Camille nous abandonne un peu à notre fin. Que n’aurait-on pas fait en revivant quelques mois de notre vie d’ado, quelle chambre n’aurions-nous pas investi dans notre ancienne maison, quel élève n’aurions-nous pas eu le courage d’aborder ? Toutes des questions en suspens mais finalement le film traite un point de vue, celui de la déliquescence du couple et de ses origines, pas celui de la construction de l’identité. 

Durée : 1h55

Date de sortie FR : 12-09-2012
Date de sortie BE : 19-09-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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