Critique de film
Call me by your name

Call Me by Your Name (« Appelle-moi par ton nom »)… Cette phrase, au charme poétique, naît sous la plume d’André Aciman, écrivain contemporain, polyglotte et connaisseur de Marcel Proust. D’abord titre de son roman-réminiscence (qui voit le jour en 2007 pour emporter aussitôt le Prix Lambda Literary du meilleur roman gay), Call Me by Your Name devient aujourd’hui une œuvre cinématographique à part entière.

Là où le livre est un travail d’écriture d’une grande maturité, le film pétille comme du jeune vin. C’est le brillant Luca Guadagnino qui dirige la mise en images de l’œuvre littéraire d’Aciman dont le scénario est coécrit par James Ivory. Ce nouveau film est d’autant plus important pour le réalisateur italien qu’il vient couronner sa trilogie cinématographique traitant du thème du désir. Après Amore et A Bigger Splash sorti six ans plus tard (tous les deux mettant en valeur le talent artistique de Tilda Swinton), cette dernière création propose une nouvelle interprétation du rapport de l’homme à son désir.

Il était une fois…

Il était une fois Elio (Timothée Chalamet), un adolescent de 17 ans. Fils de trois cultures différentes et naviguant sans difficulté entre anglais, français et italien, il est cultivé, instruit, curieux. Elio est passionné par la lecture et par le savoir et se sépare rarement de ses livres, si ce n’est pour jouer du Bach au piano et à la guitare, pour parler avec ses parents au moment du repas ou encore pour flirter avec son amie Marzia (Esther Garrel). 
Deux fois par an, Elio vient en famille passer ses vacances dans le cadre idyllique et paisible de leur villa familiale en Lombardie. On le retrouve baigné dans les rayons du soleil italien, dans un contact presque charnel avec la nature. Sa vie s’y déroule dans une lenteur contemplative qui fige le temps. Carte de visite de Guadagnino, cette lenteur permet la mise en éveil des sens pour nous laisser le temps de savourer chaque sensation, chaque petit détail. Sans nuance, le véritable désir ne peut pas naître, semble dire le réalisateur. Il apprend à ses personnages à ne pas être pressés : en s’inscrivant harmonieusement dans cette rythmicité nonchalante, Elio découvre l’univers du désir sous les sons de « Mystery of Love ».
Il était une fois Oliver (Armie Hammer), un jeune universitaire américain d’origine juive. Charmant, sûr de lui, il a la posture d’un séducteur qui sait y faire. Il vient travailler sur sa thèse avec le père d’Elio (Michael Stuhlbarg) et amène avec lui le sourire américain, la liberté d’expression ainsi que l’étoile de David, symbole qui capte d’emblée le regard du jeune Elio. Oliver est reçu chez les parents d’Elio comme faisant partie de la famille. Perdue au milieu de la nature, cette maison crée l’ambiance d’une grande ouverture d’esprit : la famille Perlman y accueille chaleureusement les enfants des voisins, leurs amis homosexuels, un couple d’Italiens plus que loquaces ainsi que les premiers trémolos amoureux et les questionnements de leur fils.

Les eaux troubles de la jeunesse

Si dans les deux premiers volumes de la saga italienne de Guadagnino le désir est associé à la possession, au regret, au mépris et au besoin d’émancipation, Call Me by Your Name peint le tableau idyllique et en même temps trouble, celui de la naissance des premières amours. Dès qu’Oliver apparaît dans leur maison, Elio détourne progressivement le regard de son amie Marzia. Son attention se focalise de plus en plus sur le jeune homme. Il l’observe dans le secret, sans dire un mot à personne. Son désir reste pendant un temps muet, interdit : il se lit à travers les regards cachés, les gestes, les mimiques, les touchers furtifs, et surgit pour Elio comme surgit des profondeurs océaniques la statue antique d’un torse masculin. Traçant un parallèle entre la trouvaille archéologique et la prise de conscience d’un amour naissant, cette scène est d’une grande puissance expressive.
L’histoire d’amour que vivent Elio et Oliver sera courte, mais restera gravée dans leur mémoire. Tout vient à sa fin, mais cela ne veut pas dire que l’instant précis ne vaut pas la peine d’être vécu. La vie va avec le désir, mais aussi avec la souffrance. Et la vraie maturité signifie pouvoir accepter ce compagnon double. C’est ce que finira par apprendre le jeune Elio sous le regard encourageant de son père.
En hommage à ses figures paternelles (dont Rivette, Bertolucci, Renoir), Guadagnino préfère indéniablement la discrétion d’expression à la sexualité ouverte. Ce qui donne naissance à certaines scènes d’un esthétisme à couper le souffle. La soirée de danse, l’explication devant la fontaine, la fameuse scène avec la pèche, la découvre de la statue antique (et tant d’autres) affinent l’œuvre de Guadagnino en y apportant une touche très singulière. On pourrait sans doute lui reprocher à certains moments des descriptions trop détaillées, sans intérêt narratif apparent, mais ce sont justement ces descriptions-là qui donnent à son style ce goût particulier de l’Italie estivale nonchalante.

Durée : 02h11

Date de sortie FR : 28-02-2018
Date de sortie BE : 14-02-2018
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Janvier 2018

AUTEUR
Maria Karzanova
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