Critique de film
Bye Bye Blondie

Gloria (Béatrice Dalle) et Frances (Emmanuelle Béart), anciennes punkettes ingérables, se sont aimées l’été de leurs 16 ans puis quittées dans la douleur. 20 ans après, Frances, star du P.A.F. et officiellement mariée, retrouve Gloria, artiste grande gueule et R.M.Iste. Les deux périodes s’entrecroisent tout au long du film racontant comment elles se sont aimées puis séparées, comment elles se retrouvent et revivent une passion alors que tout les oppose, aujourd’hui plus qu’hier. Nombre de bons films peuvent vous faire passer votre chemin par leurs pitchs simplistes ou vaseux, c’est un fait, on fait donc abstraction. Pour être tout à fait honnête, je ne possédais en fait, pas la moindre information sur Bye Bye Blondie. A peine connaissais-je Virginie Despentes, ayant subi il y a des années Baise-moi.

Son premier film était un supplice, son second est un navet. Des précautions seront néanmoins prises pour ne par tomber dans la méchanceté, sincèrement. Pourquoi ? Déjà par respect pour le travail fourni : ne pas penser l’entreprise sincère, c’est se tromper violemment. Peut-être aussi parce que la période où s’esclaffer lorsque quelqu’un chute m’est passée. Ici, le ratage n’est ni risible ni agaçant, il est triste. Virginie Despentes dit s’être battue sept ans pour monter son film, nous la croyons, c’est même un miracle qu’une telle somme ait été réunie. 

Pourquoi devrait-on croire qu’un écrivain serait par extension, cinéaste ? Pourquoi partir du principe que son livre se verra sublimé à l’écran ? En l’occurrence Despentes change un détail de son livre, sans doute par peur de ne pouvoir adapter la finesse de sa plume, elle renforce son histoire : le Eric du livre devient une femme, Frances. Cette volonté de rendre son récit moins « tout public » gène quelque peu, en quoi cela rendrait le tout plus mémorable ou puissant ? L’intrigue n’est pas plus épaisse ou palpitante, l’univers lesbien n’est même pas bien représenté. Non, il semblerait que ce soit juste comme ça, on change les genres pour voir comment ça rend. Et tout le reste du film semble suivre cette doctrine fuyante.

La réalisatrice, qui n’est donc pas cinéaste, met sur pied un film d’une laideur de sitcom avec 4 millions et demi là où d’autres saisissent avec brio la beauté de leur univers, une poignée d’euros en poche. Sitcom donc, pour les placements de caméra, les mouvements hasardeux, sitcom pour la photo plate et sitcom, fatalement, pour le rythme, le jeu, les dialogues des acteurs. Despentes se contente de mettre dans le cadre ce qu’elle veut montrer, sans l’ombre d’une idée de mise en scène. Certes elle nous épargne des tentatives de virtuosité mais quelques choix de cinéma nous auraient permis de croire encore à un film. Pour ne rien gâcher, la direction d’acteurs est tellement calamiteuse, que BBB étouffe bien vite son maigre potentiel de départ . 

Pascal Greggory, qui joue le « mari » gay de Frances, est un écrivain mal inspiré (double de Despentes) à la personnalité ridicule et aux dialogues pathétiques. A l’exception de ce dernier et de Frances jeune (Clara Ponsot), tous les personnages sont d’une laideur si fade que ça en est intriguant. Intriguant qu’elle ait pu rendre si tiède ce qui paraissait à ses yeux, beau, sulfureux, dérangeant. D’ailleurs le choix des deux actrices principales témoigne du décalage que l’on ressent avec la vision de Despentes. Leurs physiques sont si particuliers que l’on reste interdit. Leur âge aussi questionne, elles ont 36 ans dans le film mais en ont bientôt 50 en réalité. La crédibilité de leur passion, pour finir, s’écroule : Béart/Frances en ex-punk embourgeoisée, toujours accro à l’insupportable Béatrice Dalle/Gloria, difficile de croire une seconde qu’un court amour adolescent, vieux de plus de vingt, puisse balayer leurs vies en quelques minutes. Leur complicité inexistante, l’inconsistance de leur intimité n’aide en rien à faire tenir l’ensemble debout.

Dès le générique, l’absence de maîtrise nous submerge. Rien n’est justifié, naturel mais tout est pénible, laborieux. Ainsi la réalisatrice rend tristement mauvais tout ce qu’elle invite à regarder : punks, sexe, baisers, révoltes, violences, amours. Les innombrables faux-raccords, les bafouillages des acteurs et le final navrant achèvent de donner à Bye-bye blondie le statut de nanar.

Durée : 1h37

Date de sortie FR : 21-03-2012
Date de sortie BE : 28-03-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 13 Août 2012

AUTEUR
Jérôme Sivien
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