Critique de film
Bone Tomahawk

Bone Tomahawk est, avouons-le, assommant. Lelouch, président d’un jury en partie étranger au genre fantastique, lui a accordé le Grand Prix du Festival de Gérardmer. Finalement, tout cela est assez logique. Car Bone Tomahawk n’est pas un film fantastique. Surtout, c’est un film consensuel et gentil. Comme la plupart des bobines de Lelouch. Drôle d’époque donc: Gérardmer, qui se veut le fer de lance d’un cinéma qui dérange, récompense des films gentils. Et pourquoi pas? Le Festival en a peut-être marre des bad boys, des méchants aux trognes impossibles, des sadiques aux dents rouges, des pervers tueurs en série. Dans Bone..., rien de tout ça. Les méchants apparaissent très tard, ne ressemblent pas à grand-chose et laissent les bons gars occuper sagement la pellicule pendant deux heures... Dans la vraie vie, l’année 2015 fut une année sacrément méchante. Convoquons donc Lelouch et demandons-lui d’être gentil (ce qu’il a très bien fait) et qu’il remette des prix à des films qui le sont tout autant (contrat rempli également). Car Bone Tomahawk inaugure le sous-genre du feel good movie bad ass.

Le début est prometteur. Deux crapules, pour le coup un peu méchantes, dépouillent de braves voyageurs. Sans le savoir, ils piétinent un cimetière indien. Double mauvaise idée. D’abord parce que l’un des deux se fait transpercer d’une flèche aussi mortelle qu’acérée. Ensuite, parce que la victime n’est autre que Sid Haig, le bad guy de Rob Zombie. Dommage, on perd ici le seul personnage intéressant du film… qui dure quand même 2h12. Son complice survit. Pas de chance: c’est David Arquette. Les indiens le poursuivent mais il réussit à atteindre une petite ville. Les Indiens, ni une ni deux, kidnappent le chenapan, une jolie infirmière (Lili Simmons) et l’adjoint du shérif (Evan Jonigkeit). 

Et c’est le début d’une longue traque qui réunit le shérif (Kurt Russell), son autre adjoint Chicory (Richard Jenkins) et un habitant dénommé Brooder (Matthew Fox) qui aimerait bien se taper l’infirmière. Ah oui, il y aussi le mari de la dite infirmière, Arthur (Patrick Wilson) qui, lui s’est tapé sa femme dans une scène de sexe qui arrive à faire passer la bombe Lili Simmons pour un vieux glaçon. La quête est donc molle, tellement molle… On est loin de La Prisonnière du Désert, modèle assumé mais adapté avec trop de maladresse. On découvre un shérif indécis, un Chicory pas futé mais sympa et un Brooder aux failles psychologiques larges comme à San Andrea. Arthur, lui, s’est fracturé le tibia. On subit donc ses lamentations pendant tout le métrage… Car une fracture, ça fait mal. Il ne mérite pas ça Arthur: sa tronche d’orthophoniste en début de carrière et ses conceptions mainstream ne le portaient pas à endurer de tels tourments. Quatre gugusses se baladent donc dans les broussailles. Des gars finalement gentils et, ma foi, normaux comme vous et moi. Du Lelouch en fait…

La fin du film, spoilée un peu partout, active quelque peu les neurones des amateurs de cinéma déviant. Jolie boucherie ma foi, mais c’est trop tard. Rassurez-vous, la morale est sauve. Vive l'amour et mort aux Indiens!

A la caméra, S. Craig Zahler éprouve de vraies difficultés à donner du souffle à son scénario. Sa mise en scène reste anonyme, les impasses narratives sont trop nombreuses et la progression dramatique est absente. Le faible budget se ressent durant toute la pellicule. Le récit, resserré, aurait emporté l’adhésion des nostalgiques des années Carpenter de Kurt Russell. Mais seuls les indulgents s’accommoderont de dialogues peu inspirés, sortes de saillies tarantinesques sous valium. On attendait la subtilité névrosée et hallucinée d'Apocalypse Now. On découvre quatre bons gars qui se promènent...

Trêve de moqueries, Bone Tomahawk n’est en rien malhonnête ou indécent. La première réalisation de S. Craig Mahler est simplement trop consensuelle et maladroite. A l’image des vannes de Chicory, le film vise trop large pour atteindre sa cible. Sans réel intérêt cinématographique, il ne mérite peut-être pas une sortie en salles, exclue d’ailleurs avant sa reconnaissance gérômoise. La prix accordé par Lelouch et ses amis lui offrira peut-être un autre destin. Et pourquoi pas? On a besoin de films gentils en 2016. Un grand merci aux programmateurs du Festival de Gérardmer de nous les faire découvrir. Mais en 2017, rendez-nous nos vrais méchants!

Durée : 02h12

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 01 Février 2016

AUTEUR
Daniel Rezzo
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