Critique de film
Blue Ruin

Plaisir coupable résumait un confrère en parlant de Blue Ruin de Jeremy Saulnier. Plaisir ludique surtout. Parvenir à faire d’un Revenge movie un film aussi drôle et dénonciateur relève du tour de force. Le personnage principal, Chris (Macon Blaire) est un clochard qui apprend la libération du meurtrier de ses parents. Il entreprend alors un voyage vers la prison pour attendre l’homme à sa sortie et lui régler son compte. Ce voyage l’entraîne dans un véritable cauchemar pratique et horrifique. Chris n'étant évidemment pas du tout aguerri à ce genre d'exercice.

De ce qui pourrait ressembler à une série B, le jeune réalisateur américain parvient à dresser le tableau presque systématique du manuel de la vengeance avec un sens du burlesque évident. Rien n’est épargné au personnage principal, à chaque étape de son entreprise des embûches pourtant évidentes (mais tues dans la plupart des films) qu’il lui faut surmonter. Blue Ruin parvient alors à sauter avec aisance de la comédie de situation (par moment tout bonnement hilarante) à l’horreur la plus sanguinolente. La salle sursaute entre fous rires et crispation.

C’est le ton du film qui en fait un objet cinématographique inédit. Cette façon que Saulnier a de décortiquer chaque action avec une précision et un don de l’observation réaliste saisissant. Le montage est à l’image de l’entreprise, implacable. Seul petit bémol : L’inégalité d’écriture des scènes. N’en déplaise toutefois  à notre esprit chagrin de critique, parmi le grand nombre de moments mémorables de Blue Ruin, une scène est déjà devenue instantanément culte. Chris se prend une flèche dans la cuisse lors d’une de ses vendettas. Dans n’importe quel film du style, il aurait arraché l’objet métallique en poussant un bon cri de circonstance et s’en serait allé en boitillant légèrement. Dans n’importe quel film oui, mais pas dans Blue Ruin. Les efforts du pauvre pour libérer sa chair sont décrits avec une telle précision et une telle intelligence de la mise en scène qu’on ne peut s’empêcher d’applaudir au climax de l’arrachage.

Saulnier a réussi son pari. Le film est original à souhait, il revisite avec malice le genre téléguidé et nauséeux du Revenge movie. Il est mis en scène avec une juste mesure des effets gores et des situations hilarantes. Mieux, il est porté par un comédien tout simplement fabuleux Macon Blair, touchant dans son opiniâtreté maladroite. Un comédien qu’on parvient à aimer alors qu’il est animé d’un sentiment tout à fait désagréable. Mais pour Saulnier, le vengeur américain l’est aussi parce que le système lui permet. Le film de genre se dote alors d’un second degré de lecture, la fascination pour les armes à feu d’un peuple qui a toujours voulu détenir la clé de sa destinée et pouvoir renverser l’autorité. Cette autorité est d’ailleurs absente du film. Choisir sa destinée, c’est exactement ce qu’a choisi de faire Chris et c’est aussi ce qui le condamnera. Le message est clair, tant que le fait de posséder une arme à feu sera un droit constitutionnel, les USA connaîtront des scènes de boucherie à l’image de la dernière du film, malheureusement une des moins réussies du film. 

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 09-07-2014
Date de sortie BE : 07-05-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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