Critique de film
Atomic Blonde

Intronisée nouvelle égérie du cinéma d’action en seul film, le monumental Mad Max : Fury Road, Charlize Theron a une étrange manière de cultiver l’aura du film culte de George Miller. Après un hasardeux Fast and Furious 8, dégoulinant de beaufitude et d’action bas du front, la voici désormais en walkyrie décolorée dans Atomic blonde, devant la caméra de l’ancien cascadeur David Leitch.
Propulsé sur le devant de la scène après l’engouement critique et public autour de John Wick, coréalisé avec son camarade Chad Stahelski, David Leitch revient ici en solo pour appliquer à la lettre la même formule qui a fait le succès du tueur en costume Armani incarné par Keanu Reeves. Le petit monde en vase clos des tueurs à gages laisse sa place au brouillard berlinois dans lequel déambulent des espions aussi peu discrets que l’équipe de bras cassés qui accompagne habituellement les aventures de Vin Diesel au pays du tuning.

Bis repetita

Bien que développé comme une adaptation de la bande dessinée The Coldest City d’Anthony Johnston, Atomic Blonde fait bien peu de cas de son histoire d’espionnage pour très vite se conformer au cahier des charges du film d’action contemporain. Répétitif, toujours parodique, sans réelle consistance et sans véritable enjeu autre que celui de la blague ou du clin d’œil aguicheur rehaussé par une bande-son pop déjà entendue ailleurs (le Cat people de Bowie utilisé par Tarantino dans Inglourious Basterds), le récit avance laborieusement à la manière d’un film de Steven Seagal mis en boîte par un émule de Guy Ritchie.

Et c’est bien là que le bât blesse, car non content de montrer son inaptitude à raconter son histoire, distordant artificiellement la chronologie de son récit pour tenter de lui donner de l’épaisseur, David Leitch se révèle incapable de construire une seule scène d’action un tant soit peu mémorable. La campagne marketing autour du film a beau nous vendre l’investissement physique de son actrice principale, le résultat à l’écran tient plus de la démo martiale que du grand film d’action tant vanté.

Terrain miné

Exemple assez représentatif, la longue scène d’action qui voit l’agent Lorraine Broughton incarné par Charlize Theron affronter quatre tueurs à gages dans une cage d’escalier finit par tourner au tour de force vain et stérile où Leitch se révèle incapable de penser sa mise en scène au-delà du prochain mur dans lequel va finir par s’encastrer sa blonde platine. Étiré sur plus de dix minutes autour d’un faux plan-séquence composé d’une quarantaine de plans reliés numériquement, ce morceau de bravoure tape-à-l’œil finit par dénaturer tout son potentiel immersif pour rendre l’action complètement factice et prévisible.

La sidération laisse sa place à l’ennui alors que les mêmes échanges de coups s’échangent dans des décors aussi interchangeables que ceux d’une production EuropaCorp. Visiblement très inspiré par le diptyque The Raid dans son approche des combats, David Leitch fait preuve du même manque d’inspiration que son prédécesseur dans la gestion du combo coup de pied/coup de poing. Il est ici plus question de cascades que de chorégraphie, de pyrotechnie que de cinéma.

Bref, on souhaite vivement à l’interprète de Furiosa de retrouver la moiteur du soleil de Namibie pour éviter de finir sa carrière au rayon discount du cinéma d’action, coincée entre les DVD des derniers exploits de Chuck Norris et Jean-Claude Van Damme en Europe de l’Est.

Durée : 01h55

Date de sortie FR : 16-08-2017
Date de sortie BE : 16-08-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Septembre 2017

AUTEUR
Manuel Haas
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