Critique de film
Annihilation

Annihilation, c’est l’histoire de l’évolution, celle d’une mutation constante, d’une division des cellules souches, d’un scintillement, d’un miroitement où nos propres peurs seraient reproduites avant d’être détruites. Cette fable écolo-philosophique que nous raconte Alex Garland (auteur du surprenant Ex Machina) en s’inspirant du livre de SF de Jeff VanderMeer se situe quelque part dans une jungle visuelle psychédélique née de la fusion entre Predator et Avatar, tout en y ajoutant un zeste de métaphore carrollienne où la petite Alice, ici Lena (Natalie Portman), cherche à noyer sa culpabilité en se jetant dans la gueule du loup.

Pourquoi ? Parce que comme pour les cellules, l’héroïne étant professeur de bio, l’homme finit par s’autodétruire pour se punir, sa vie n’est qu’une mise en pratique de cette autodestruction masochiste. Le mec de Lena, le mélancolique Oscar Isaac, est en train de mourir, après avoir été porté disparu, un mal étrange le ronge depuis son retour de mission top secrète (il est militaire). La prof de bio, militaire de formation elle aussi, 7 ans chez les troufions (elle manie bien la mitraillette du coup, ce qui est pratique pour la suite de l’histoire), veut le sauver. Elle s’enrôle alors dans une équipée 100 % féminine pour trouver l’origine du mal. Toutes les équipes masculines ayant fait chou blanc. À leur tête, la dépressive Jennifer Jason Leigh qui n’est pas là pour rigoler mais pour rejoindre le phare coûte que coûte, celui d’où provient le premier signe de miroitement.

C’est quoi ce miroitement ? C’est un vieux flou fluo, un linceul flashy qui transforme le vivant en une hallucination new age ; quand tu le traverses, ta vie change. Soit tu deviens cinglé, soit tu te transformes, mais jamais tu n’en sors de ce trip, un peu comme le LSD en fait. Les animaux deviennent hypertrophiés et super agressifs, les arbres prennent des formes humaines, des fleurs trop bizarres poussent partout, comme des mushrooms sur des souches en plein automne. Au milieu de ces marais scintillants, l’équipée perd ses repères et reste le phare dans la nuit effarée. Quel est le sens de la marche quand on ne se souvient pas pourquoi on vit ?

Garland était plutôt doué en adaptation, on se remémore sa version bien sentie de Auprès de moi toujours de Ishiguro, des scénars pour Danny Boyle, d’Ex Machina évidemment, mais alors là c’est plutôt bordélique. Il est tiraillé entre le désir d’en jeter plein les mirettes et de raconter son périple avec une ambition philosophique. Résultat, c’est bancal. D’un côté on a des personnages sans aucune envergure, en dehors de Portman et Jennifer Jason Leigh ; les autres actrices semblent être là uniquement pour faire le nombre. Impossible de comprendre les motivations ni l’intérêt scientifique alors qu’il n’est, dans un premier temps, que question de survie dans un univers hostile.

Garland se plante dans son introduction beaucoup trop longue et récitée, dans sa mise en place de l’intrigue tiédasse, dans son écriture famélique des personnages, dans ses nombreux flash-backs réchauffés. Pire, tout le monde joue mal, Portman est mono-expressive, Jennifer Jason Leigh cataplasmique, les autres actrices mauvaises. Les effets spéciaux prêtent à sourire, le gros croco, l’ours à gueule de chien vérolé, enfin c’est nul quoi… On trouve même qu’il y a quelques longueurs, alors que ça ne raconte pas grand-chose si ce n’est que l’homme détruit tout et surtout son propre reflet. Plouf.

Durée : 01h55

Date de sortie FR : 12-03-2018
Date de sortie BE : 12-03-2018
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Pitas
17 Mars 2018 à 16h42

Je n'ai pas encore vu le film, mais il me semble bien que vous n'ayez pas non plus lu le livre. Est-ce que je me trompe ?
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Critique mise en ligne le 14 Mars 2018

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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