Critique de film
31
La projection de 31 avait tout d’une world premiere au BIFFF. Dans la superbe salle Henry le Boeuf, régnait une impatience enthousiaste et une douce euphorie. Après l’unique passage du film à Sundance, c’étaient les petits Belges qui avaient l’honneur de découvrir en exclusivité le dernier effort de Rob Zombie.
Durant les premières minutes du film, tel le Monsieur Loyal du Frankenstein de James Whale, Doom-Head (le reptilien Richard Brake) explique face caméra les atrocités qui nous attendent. L’excitation monte dans les travées...
Cent minutes plus tard, l’ambiance était toujours aussi positive. Le peuple en a eu pour son argent: de la tripaille, des tronçonneuses et des seaux d’hémoglobine. Un banal torture porn? Oui, car le scénario reste trop balisé. Et non, car c’est Rob Zombie qui l’a pondu. Explications…
 
 
Sheri Moon est enfin une bonne actrice
 
On est en 1976, quelque part dans le sud poisseux, caniculaire de l'Americana. Une troupe de forains voyage dans un van à la recherche de nouvelles sensations. A l’intérieur, on parle de cul et on fume des pétards. Mais au-delà de cette figure imposée du slasher, Rob instille quelques-uns de ses gimmicks. Sheri Moon en fait évidemment partie. Ici, elle incarne Charly. On lui a souvent reproché un jeu monolithique. Dans 31, elle assume son statut de scream queen dans un magnifique petit ensemble tigré. Plus mignonne et solaire que dans The Lords of Salem, elle donne ici sa meilleure prestation. 
Rob aime également s’entourer d’acteurs qu’il chouchoute depuis 10 ans. Meg Foster en vieille peau desséchée, Jeff Daniel Phillips en grand frère, Lawrence Hilton-Jacobs et Kevin Jackson complètent le quintet. Plus que les acteurs, presque tous quinquagénaires d’ailleurs, ce sont les personnages qui se voient dotés d’une véritable épaisseur. Epaisseur affective surtout. Dans 31, point de coups bas entre les gentils. L’objectif est la survie, mais jamais, non jamais, le groupe en viendrait à se désolidariser. C’est ça aussi la patte Zombie.
Nos désormais cinq amis se voient kidnapper par un aristocrate dégénéré (l’inénarrable Malcom McDowell) qui, accompagné de Sister Dragon (Judy Geeson) et Sister Serpent (Jane Carr), les propulse dans un jeu aussi improbable que cruel, le 31… Au programme, douze heures de survie avec, au cul, des gros méchants répondant aux doux noms de Sex-Head, Psycho-Head et autre Death-Head. Et ceux-ci aiment lacérer, tronçonner et découper les innocentes victimes. Et comme chef de bande, l’odieux Doom-Head fait preuve d’un sadisme à toute épreuve. 
 
 
Un scénario anonyme aux accents zombiesques
 
On le sait, Rob gère parfois mal son scénario. Ici, il reprend le cadre formel du survival, en empruntant plus à Hostel qu’à Running Man. Depuis les caves humides et crasseuses, les personnages passent d’un adversaire à l’autre comme on passe de la grande-roue aux autos tamponneuses. Loin d’un Massacre à la Tronçonneuse, où Leatherface, complètement barge et imprévisible, pouvait à tout moment passer de la hache au crochet, de l’agressivité à l'apitoiement, 31 emprunte le chemin balisé d’un jeu vidéo. 
Si la narration trop mécanique pose parfois problème, il n’en est rien du travail d’orfèvre que Rob et son équipe ont effectué sur le look des méchants, dont on laissera la surprise, et sur le décor. Chez Zombie, rien de glacial et aucun espace vide. Tout est rempli de symboles ésotériques, d’étoffes, d’alambics et autres objets de vide-greniers. Cette esthétique, très présente depuis The House of 1000 Corpses, son premier effort, donne toute son identité au film. Et au milieu des épreuves, un combat à la tronçonneuse mettra d’accord tous ceux qui doutent encore des talents de mise en scène de tonton Rob. Image granuleuse et subtils ralentis rajoutent à la préciosité de l'ensemble.
 
Un cadeau pour les fans
 
On a, peut-être à raison, reproché à son dernier film en date, The Lords of Salem, d’être trop expérimental. Le message semble avoir été entendu. Dans 31, le spectacle ne fait d’ailleurs pas appel au fantastique. Frontal et premier degré, le métrage se déguste comme un spectacle grand-guignolesque sensitif et viscéral. Si vous rajoutez à cela une musique sudiste d’excellente tenue, les quelques digressions sur le California Dreaming des Mamas & Papas et un final qui cite allègrement les dernières minutes des Devil’s Rejects, ce 31 se regarde comme un cadeau que Rob offre à ses fans. Au vu de la réaction dans la salle du BIFFF, le cadeau, plus rassurant qu’étonnant, fut apprécié.

 

Durée : 01h42

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 03 Avril 2016

AUTEUR
Daniel Rezzo
[186] articles publiés

Petite route du Nevada, inondée de soleil. Deux personnes au bord de la route. Contraste. Homme jeune, atti...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES