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Top et flop oscar

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À quelques heures de la 86ème cérémonie des Oscars, point d’orgue d’une saison des récompenses qui s’étire chaque année, vos Passeurs ont souhaité gentiment tourner le grand cirque Hollywoodien en dérision. Les règles du jeu ? Parmi les rouleaux compresseurs ayant récolté cinq statuettes dorées ou plus, les rédacteurs de votre site favori ont sélectionné les cinq films qu’ils estiment les meilleurs, mais aussi les cinq qu’ils trouvent les plus mauvais. Pas moins de douze Passeurs se sont livrés à l’exercice. Ladies & Gentlemen, the Oscar goes to….

TOP 5 DES FILMS À OSCARS:

1-Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino (1978)
2-Le Parrain, 2ème partie de Francis Ford Coppola (1974)
3- ex-aequo : French Connection de William Friedkin (1971)
et La Garçonnière de Billy Wilder (1960)
4-Vol au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman (1975)
5-Eve de Joseph L. Mankiewicz (1950)

Au-delà de l’exercice du Top 5 (aussi ludique que stérile), ces choix apportent surtout des révélations sur la rédaction du Passeur Critique.

Dix fois cité, Voyage au bout de l’enfer écrase ses concurrents. Déjà vainqueur du Top 10 « Bande de potes », le film de Michael Cimino s’impose encore une fois comme l’un de nos favoris. Loin derrière, Le Parrain, 2ème partie n’est cité « que » six fois.

Sur les cinq films favoris, quatre sont issus de la décennie 70, époque bénie du cinéma américain. Trois réalisateurs clés du Nouvel Hollywood sont cités (Cimino, Coppola, Friedkin). Quant à Vol au-dessus d’un nid de coucou, il est indissociable de Jack Nicholson, un des acteurs emblématiques de cette période.

Une décennie sépare le nouvel Hollywood de La Garçonnière, sorti quant à lui dix ans après Eve, cinquième film du Top. On peut remarquer que les réalisateurs Billy Wilder et Joseph L. Mankiewicz, issus de l’immigration polonaise, ont tous les deux commencé leurs carrières comme scénaristes sous le « premier âge d’or » du cinéma hollywoodien.

FLOP 5 DES FILMS À OSCARS:

1-Shakespeare in love de John Madden (1998)
2-Slumdog Millionaire de Danny Boyle (2008)
3-Chicago de Rob Marshall (2002)
4-Gladiator de Ridley Scott (2000)
5-The Artist de Michel Hazanavicius (2011)

Révélation du Flop 5, la rédaction est particulièrement sévère à l’égard du cinéma Hollywoodien de ces dernières années. Les cinq films cités forment un joli tir groupé sur treize ans, de 1998 à 2011.

Caractéristique de cette période, la stratégie d’Harvey Weinstein pour fabriquer des véhicules à Oscars s’avère payante en statuettes mais récolte les foudres des Passeurs. Sur les cinq Flops, trois ont été produits ou distribués aux Etats-Unis sous la bannière Miramax : Shakespeare in LoveChicago et The Artist.

Enfin, leur manque d’affection pour le film de Michel Hazanavicius révèle que, même si français pour la plupart, les Passeurs restent perméables au chauvinisme.

Ready player one critique

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Si à peine deux mois séparent la sortie de Pentagon Papers et celle de Ready Player One, il y a quelque chose de déconcertant et réjouissant à voir avec quelle aisance Spielberg s’affranchit à nouveau des attentes et des préjugés inhérents à son statut de maître incontesté du divertissement populaire pour accoucher d’une œuvre qui redéfinit à elle seule l’horizon du blockbuster contemporain de manière spectaculaire et intimiste.
Aux années 70 et leur cortège de révélations sur la guerre de Vietnam en miroir d’une société actuelle où règne l’ère des « fake news » succèdent les années 80/90 et la nostalgie mortifère de toute une génération bercée par le souvenir d’un âge d’or qu’elle n’a que rarement connu. Une manière unique et ludique pour Spielberg de faire dialoguer passé et présent, présent et futur pour interroger notre époque et son devenir.

Génération perdue

Fruit de l’imagination du romancier Ernest Cline, l’intrigue de Ready Player One prend place en 2045, dans un futur où la seule échappatoire face à la misère et l’exploitation réside dans un système de réalité virtuelle, intitulé l’OASIS. À l’annonce de la mort de son créateur, James Halliday, les clés de ce royaume virtuel se retrouvent disséminées sous forme d’énigme au sein de l’OASIS entraînant une compétition féroce pour le contrôle de ce nouvel eldorado 2.0.

Conçu par son auteur à la manière d’un jeu vidéo, où le jeune héros Wade Watts (Parzival dans le monde de l’OASIS) affronte la puissante corporation IOI (Innovative Online Industries) dans une succession de battles vidéoludiques qui empruntent tant à Donjons et DragonsPac-Man qu’à tout un pan de la culture des eighties (Blade Runner, Wargames, mais aussi de nombreux film réalisés ou produits par Spielberg himself), le best-seller d’Ernest Cline avait tout d’une œuvre de nerds ultra référencée, mais qui finissait par s’égarer dans son empilement incessant de citations à la pop culture.

De ce postulat propre au roman, Spielberg conserve la structure narrative directement calquée sur la progression d’un jeu vidéo, mais investit la quête initiatique de son protagoniste d’un véritable questionnement philosophique sur la nature de la création et ses implications dans le monde réel.

S’identifiant tant au fondateur de l’OASIS (Mark Rylance, parfait en enfant coincé dans un corps d’adulte) qu’à son jeune geek immature (Tye Sheridan, clone troublant du Spielberg des débuts), le papa d’E.T et de Rencontres du troisième type joue avec brio avec les codes du fantasme nostalgique véhiculé par le récit pour embarquer le spectateur dans une folle aventure intérieure au cœur même de la psyché d’un artiste en quête d’identité et de reconnaissance. Car derrière le bruit et la fureur de ce film de SF ultra spectaculaire et inédit, Ready Player One résonne comme une sorte de testament autobiographique de Spielberg sur sa création, sa carrière et le leg laissé aux générations à venir. 
À ce propos, il serait impossible de ne pas voir dans le choix de déplacer l’action du récit dans la ville de Columbus (Ohio) – à mi-chemin entre la ville de naissance d’Ernest Cline et celle de Spielberg –, une volonté évidente du cinéaste d’adresser une main tendue en forme de passage de témoin vers cette nouvelle génération désormais en charge de perpétuer son héritage.

2045, l’odyssée de l’imaginaire

Construit autour de 3 étapes clés, comme autant d’étapes charnières dans la filmographie de son auteur, les défis que doivent relever Wade Watts et son groupe d’amis font écho au long parcours d’acceptation que fut celui de Spielberg avant d’être reconnu comme un artiste accompli et non plus comme le simple cinéaste infantile et puéril que certains critiques obtus s’évertuent à voir encore et toujours chez lui.
De sa première scène d’action, course-poursuite dantesque au sein d’une portion d’autoroute, où s’entrechoquent les tôles froissées des véhicules de Mad MaxAkira et Retour vers le futur, et qui n’est pas sans rappeler la frénésie du plan-séquence de son Tintin, Spielberg balaie d’un revers de la main la concurrence mais ne perd jamais de vue la cohérence d’ensemble de son film. Au-delà de ces atours de blockbuster étourdissant, il s’agit là d’une œuvre profondément intimiste, où Spielberg revisite sa carrière en faisant des clins d’œil plus ou moins évidents à sa filmographie (du T-rex de Jurassic Park aux films de Zemeckis qu’il a produits), mais aussi à ses pairs (le Kubrick de Shining ou le fameux « rosebud » du Citizen Kane d’Orson Welles) pour construire un labyrinthe dans lequel le spectateur est invité à se perdre afin de se souvenir pourquoi l’imaginaire de toutes ces années est aussi précieux.

À l’image du jeune Wade amené à traverser le miroir et rencontrer ses partenaires de jeu, Ready Player One suggère que cet appel à l’aventure est aussi celui du premier pas vers l’autre et non pas celui d’un repli nostalgique autour d’une période charnière et réconfortante de notre vie. Le jeu de piste géant sur l’identité du créateur de l’OASIS se double d’un autre sur l’identité des joueurs qui l’investissent dans une forme de déclaration d’amour bouleversante d’un auteur au public qui l’a accompagné pendant toutes ces années. Une vision du monde et de la fiction qui s’oppose à la vision normative et mercantile du rêve incarné par Ben Mendelsohn.
Conçu comme un « MacGuffin », un leurre à même de brouiller les pistes, l’« easter egg » caché par James Halliday au sein de sa création est en réalité le testament de Spielberg, la signature cachée d’un artiste au coin d’une toile qui en dévoile la profonde humanité.

la isla minima critique

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LA ISLA MINIMA

C’est quoi ce film ?

Vendu chez nous comme «le thriller phénomène du cinéma Espagnol », La Isla Minima a connu un succès critique et public colossal outre-Pyrénées. Heureux réalisateur et coscénariste, Alberto Rodriguez signe ici son sixième long-métrage, sans que ses essais précédents (notamment Groupe d’élite et Les Sept vierges) n’aient véritablement attiré l’attention sur lui dans l’hexagone. Javier Gutiérrez et Raúl Arévalo, acteurs familiers du cinéma d’Álex de la Iglesia ou de Pedro Almodóvar, se partagent la vedette de ce polar honnête et soigné, mais dont les principales qualités se muent en menus défauts au fil de la séance. Explications.

Le pitch

1980, l’Espagne connaît la gueule de bois post franquisme et les balbutiements d’une nouvelle démocratie. Dans un village reculé d’Andalousie, au cœur des marécages du Guadalquivir, deux jolies et volages adolescentes disparaissent. Juan et Pedro, policiers mal assortis (outre le port de la moustache) sont envoyés sur les lieux.

Buddy Movie

Critique film la isla minima

Sorti du contexte historique, l’argument de La Isla Minima est celui d’un film policier balisé, basé sur la classique alliance forcée de deux personnages contrastés. Dès les premiers instants, nous sommes en terrain connu: l’un vieux et l’autre jeune, l’un bon vivant et l’autre dans le contrôle permanent, l’un rompu aux méthodes d’un autre âge et l’autre lorgnant vers sa mutation à Madrid. Sur cette mécanique de polar ascendant buddy-movieLa Isla Minima cède à certaines facilités irritantes, comme la caractérisation outrancière des personnages ou autres bonds en avant invraisemblables dans la pure mécanique de l’enquête.  Mais d’un autre côté, La Isla Minima tourne le dos à d’autres motifs du genre attendus par les spectateurs. Ainsi la symbiose entre les deux policiers type «l’union fait la force» n’aura jamais vraiment lieu et la résolution cartésienne de l’intrigue sera obscurcie par une part d’ombre étonnement étendue.

Muddy Movie

Serré sur une heure quarante-cinq minutes, La Isla Minima va à l’essentiel, sacrifiant la subtilité narrative au profit d’une facilité mécanique qui a le mérite de créer un rythme haletant. D’autre part, une des très bonnes idées du film se situe précisément dans le choix de son décor, à la fois insolite tant il rappelle le bayou cher à l’imaginaire américain tout en restant profondément méditerranéen avec ses étendues planes asséchées par le soleil. Au cœur de cet environnement, La Isla Minima offre deux scènes de poursuite mémorables, l’une à pied et l’autre en voiture, dans lesquelles le savoir-faire du découpage, de mise en scène et du montage d’Alberto Rodriguez ménage une bonne dose d’adrénaline aux spectateurs reconnaissants. Par contre, à l’instar des personnages, l’ostensible travail sur les couleurs et la colorimétrie du film paraît souvent trop appuyé (couleurs désaturées dans les extérieurs, souvent criardes dans les intérieurs) et dessert la crédibilité de la reconstitution. Dernière fausse note, La Isla Minima recourt à des incursions fantastiques aussi élégamment mises en scène que tout à fait non avenues dans le récit.

« Les morts vous attendent »

Trop stylisé pour un film d’époque, résolu de manière trop insatisfaisante pour un film de genre bas du front, La Isla Minima hésite, joue sur trop de tableaux. C’est ce qui lui confère sa singularité, mais aussi ses défauts. On y vient, Alberto Rodriguez et ses scénaristes situent leur intrigue précisément en 1980, en prise directe avec le contexte historique. Excellente idée trop peu exploitée et symptomatique de la semi-réussite du film, ce contexte historique confère à La Isla Minima son goût d’inachevé pour un film simple polar, d’inabouti pour un film d’auteur. Le traitement de l’agonie interminable d’un régime liberticide est pourtant l’autre ligne principale qui régit la mise en scène d’Alberto Rodriguez (de pair avec le polar), citons ici les multiples top-shots qui ouvrent puis ponctuent le film, rappelant en permanence qu’au-dessus des personnages, il y a quelque chose de plus grand, de plus fort, d’irrésolu, aussi impénétrable que les intuitions d’une prétendue médium ou aussi opaque que la corruption généralisée, des élites de la police nationale à la gendarmerie d’un trou perdu dont toute la jeunesse cherche à s’échapper.

Roublard

Sur des intentions assez similaires, La Isla Minima échoue sur presque tous les points où le Memories Of Murder de Bong Joon-Ho (2004) réussissait. Les deux films utilisent les codes du film policier pour poser un regard amer sur l’histoire récente de leurs pays respectifs. D’autre part, les deux films font le choix d’aller contre les attentes de leurs spectateurs dans leur acte final. Mais là où le génial auteur coréen s’appropriait les codes du genre par la singularité de sa mise en scène et l’audace de son scénario, Alberto Rodriguez ne dépasse jamais le stade du bon élève appliqué et ne transcende qu’en de très rares moments un scénario trop roublard. Amer constat pour une œuvre honnête, mais qui n’a finalement pas les moyens de ses ambitions.